L’Effet Mühlmann (9) sixième effet.

L’Effet Mühlmann (9) sixième effet (suite).

Notons dans les trois propositions de départ l’importance accordée à ces trois termes, instituant, institué et institutionnalisation sans lesquels il ne saurait être question d’effet Mühlmann. L’effet Mühlmann ne peut être compris qu’à la condition de revenir sur ces trois concepts difficiles à appréhender.

L’institutionnalisation, terme qui nous vient de l’anglais ou plus probablement de l’américain, a une signification très proche du terme de structuration si l’on entend par là le fait d’acquérir une forme repérable. Ce terme désigne exclusivement un processus contrairement à ce que pourrait faire croire le suffixe -tion. L’institution, qui se termine en -tion peut désigner aussi bien le résultat d’un processus, que le processus lui-même.

Puisque l’effet Mühlmann nous invite à nous intéresser à la morphogenèse, le devenir des formes sociales, attardons-nous quelques instants sur la « morphologie dérivationnelle ».

À partir du verbe instituer (in + statuere) ont été dérivés institution, institutionnaliser et institutionnalisation. Pour saisir ces concepts il convient de penser à l’état comme état de ce qui est là, et à l’état comme forme d’organisation politique et juridique d’une société, ce qui n’est pas forcément très simple. Il peut être éclairant de penser à la série : règle, régler, règlement, réglementation. Je me souviens que René Lourau avait posé, il y a bien longtemps, cette question en apparence naïve : où est l’État ? À la suite de plusieurs penseurs tels Karl Marx et Henri Lefebvre, René Lourau a été amené à avancer l’idée d’un État inconscient[1]. Et nous savons que ce qu’il pose comme dialectique de l’instituant et de l’institué ne peut s’entendre sans la présence/absence de l’État.

J’espère au fil de ce texte éclairer le lecteur sur ce que j’ai cru comprendre de l’état et de son rôle dans notre histoire. Pour l’instant, je crois bon de revenir sur la dialectique de l’instituant et de l’institué, formule tellement condensée et générale qu’elle peut ne rien signifier du tout.

J’y vois une analogie avec le processus d’adaptation biologique comme résultante dialectique de l’assimilation et de l’accommodation.

Prenons l’exemple de la nourriture. Précisons que pour un organisme, assimiler des substances consiste à les incorporer, à les ingérer sans pour autant qu’il y ait modification perceptible dudit organisme, à condition que ces substances soient convenables, assimilables. L’épithète perceptible a son importance, car il ne s’agit pas pour moi d’ignorer les mécanismes complexes de la digestion, il s’agit de relever ce qui est de l’ordre de la permanence, du maintien en vie.

Au risque de paraître trivial, je vais faire un détour par les haricots. Les haricots, source de protéines seraient excellents pour la santé et beaucoup plus économiques que la viande ! ! ! En ces temps d’inquiétude écologique, il serait temps d’en consommer davantage. Malheureusement, j’ai entendu dire que nous serions assez nombreux à n’avoir plus les enzymes qui permettent de digérer ces fameux haricots. Heureusement nous pouvons petit à petit fabriquer ces enzymes à nouveau ! Je ne sais pas si cet exemple est fondé scientifiquement, mais il fournit une métaphore agréable.

Lorsque nous recréons ces enzymes, nous sommes dans un processus d’accommodation qui va nous permettre d’assimiler à nouveau cette nourriture... durable. Nous serions en permanence le produit de phénomènes d’assimilation et d’accommodation, sortes de va-et-vient en boucle. Cela fait penser à de multiples schémas cybernétiques avec action et rétroaction, qui rendraient compte du processus d’adaptation.

Insistons sur le fait qu’il y a aussi bien transformation de l’environnement que de l’individu dans cet environnement, et en revenant aux définitions du début qui nous ont conduit à cette analogie, nous pouvons dire à nouveau que l’institué comme l’instituant peuvent changer.

C’est Jean Piaget qui résume ainsi la vie d’un individu, être vivant mais pas forcément humain, dans son environnement. Et il transpose ce processus au fonctionnement de l’intelligence humaine en parlant de schèmes. Ce modèle est utilisable et utilisé aussi bien pour un individu isolé que pour des groupes et permet une approche assez convaincante des représentations, et de leur rôle positif ou négatif dans les processus d’apprentissage.

 

à suivre :  (10)

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[1]Mentionnons divers ouvrages de Pierre Legendre et « De la servitude volontaire » d’Etienne de la Boétie

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