• Le clown est mort et notre peine est infinie

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    Il s'appelait Anas al-Basha, avait 24 ans et était « le clown d’Alep ». Jour après jour, il tentait d'arracher un sourire aux enfants survivants de cette ville-martyr. Il est mort mardi 29 novembre, tué par un missile de l'armée syrienne, lors d'un bombardement dans les quartiers Est. Sale temps pour les clowns. Pour pas mal d'autres aussi... Vraiment sale temps !
  • « Mais tu étais si jolie, ma chérie ! »

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    C’est à l’arrêt de bus que j’avais rencontré Violaine. Longue, blonde, élancée, toujours impeccablement maquillée et coiffée à cette heure si matinale: elle était mon contraire exact, mon double inversé. Et puis un jour, des mois plus tard, je l'ai rencontrée. Elle ressemblait à une tente qui se serait effondrée dans la tempête, toile, mât, piquets. Elle pleurait. Elle m'a raconté...
  • « Je serais toi… »

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    — « Chérie, tu sais ce que c’est, toi, une saltimbocca ? » Chaque fois qu’Elise retrouvait sa mère pour déjeuner à la pizzeria du coin de la rue, celle-ci tout en parcourant le menu d’un air dubitatif, lui posait la question. Et immanquablement, une fois qu’Elise avait répondu, elle finissait par se rabattre sur une pizza. Toujours la même.— « Au moins, je crois me souvenir qu’ici elles ne sont pas mauvaises, les pizzas ! » « Pas mauvaises… » « Pas si mal… » Du plus loin qu’il lui revienne, jamais elle n’avait entendu sa mère dire que quelque chose était « bien » ou était « bon ».Ni de quelqu’un qu’il était « sympathique ». « Intéressant », à la rigueur. Mais la plupart du temps, « pas désagréable » dans sa bouche sonnait comme le plus beau des compliments.
  • « Ça aura quand même fait des heureux ! »

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    J’arrive toujours en avance. Une sorte de pathologie que je me trimballe depuis le plus jeune âge. Peur d’arriver en retard, sûrement. C'est incurable. Et souvent un peu honteux. Pas cette fois-ci : ce bel après-midi de presque été, j’étais arrivée au moins trois quarts d’heure avant mon rendez-vous...
  • Je me souviens de souvenirs improbables

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    J’ajustais bien le bas de mon juste-au-corps taille 10 ans et me passais de la magnésie sur les mains, m‘apprêtant à sauter jusqu’à la première barre, les joues en feu quand : —  Bonjour Miss 4 1/2. Comment avez-vous dormi ? Vous savez, cette nuit il a vraiment plu et il y a eu un vent à décorner…
  • Eclipse

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  • L’heure de l’apéro

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    Il y avait une petite silhouette orange qui tremblait au bord de la mémoire. Tantôt elle était une flammèche luttant contre le vent. Tantôt elle était un enfant faisant la roue et mille arabesques sur le sable d’une plage brûlée de soleil. Tantôt elle était une femme sur le parvis d’une gare, devenant à chaque instant plus petite dans le rétroviseur, le bras levé comme pour lancer un bref adieu lorsqu’on est attendu ailleurs.
  • Journal d’une petite racaille

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     Je suis née à la Courneuve, dans le 9-3. Ma mère était tigrée grise. Ce n’était pas sa première portée, loin de là. Un voisin, Mourad, avait bien proposé à ses « maîtres » de l’emmener se faire stériliser mais ils avaient refusé. Trop cher, disaient-ils. Pas dans nos moyens. Alors, comme il était dingue de chats et qu’en plus de son boulot de coursier il travaillait comme bénévole pour une association qui les recueille, il a suggéré de s’en occuper lui-même par la SPA. Mais c’était trop tard. Elle attendait déjà une nouvelle portée. Deux petits mâles gris, qu’ils n’ont eu aucun mal à caser grâce à une annonce à la boulangerie, une petite écaille de tortue qui n’a pas survécu, et moi.  Moi, qu’ils ont offert à leurs enfants comme jouet.
  • En finir avec elle

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    Du plus loin qu’il te revienne, elle a toujours été là. Quand tu étais enfant, elle ornait les mains de tes parents. Elle virevoltait, volutes légères, plaisirs impalpables ou te réconfortait, braise rougeoyante et attendue comme une promesse dans l’obscurité de la chambre mansardée. Insouciante, mystérieuse et terriblement séduisante, elle te fascinait déjà. Tu l’imaginais comme aurait été pour vous, les mômes, une sorte de pastille Vichy, une violette confite ou un carré de Zan. Un petit délice intime qu’on suce  presque en secret au fur et à mesure des journées.
  • La Journée de la Marmotte

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    Il suffit de peu de choses. Des giboulées en mai. Une porte qui claque parce qu’arrive un moment où on ne peut plus supporter d’être traité n’importe comment par un employeur, même en CDD. Le silence fracassant des collègues. Un peu trop d’épées de Damoclès suspendues au-dessus de ta tête et depuis trop longtemps. Tu as déjà connu tout ça. Ajoute à ça des factures qui s’accumulent. Une belle histoire qui s’effiloche. Un nouvel échange orageux avec ta (douce) mère. Déjà donné aussi. Une crise inflammatoire des lombaires qui te fait penser que l’ « obsolescence programmée » ne concerne pas que les articles de consommation courante (ce que te confirme d’ailleurs le miroir chaque fois que tu as la malchance de le croiser).