Tout a commencé avec un aboiement. Dans une maison au cœur d’un village. Un homme d’une quarantaine d’années sortit de son lit. Encore un chien de chasseur passé par la véranda entrouverte, s’agaça-t-il. Souvent celui de la famille Off : leurs voisins les plus proches. Il resta bouche bée.
L’un de ses chats aboyait. Autre surprise dans le village. Les chiens se mirent à miauler.
Très haut. Dominer. Je domine. Plus haut que moi ? Le ciel. Mes yeux se promènent. Ils vont et viennent. Un voyage à perte de vue. Sans être arrêté par la moindre frontière. Excepté celle du vol des oiseaux. Mon identité, c’est l’horizon. J’ai une vue plongeante sur mon domaine. Tout ça m’appartient. Mais pas uniquement à moi. Notre domaine.Pourquoi nous n’avons pas le vertige ?
Commencer chaque histoire par sa fin. Qu’elle soit d’amour ou d’amitié. Faire marche arrière pour tenter de recoller. Ce qui a été brisé par soi ou l’autre. Cassure par colère, jalousie, vengeance, orgueil...Profiter peut-être de la marche arrière pour murmurer une excuse, tenter une explication...Trop tard. Pas de copier-coller pour les relations humaines. La fin déjà écrite sur du papier-chair
Le temps est un voyage. Avec un seul habitant par solitude carrée.Un voyage avec deux frontières. La première à la sortie d’un ventre. Son arrivée – désirée ou subie - au monde. La seconde frontière est le départ du monde. Avec sa date de fin sur son passeport. Une troisième frontière ? Pour les mortels croyant en l’au-delà. Mais fin du voyage. Pour tous les gens.
Le vide bruyant est-il la fin de la langue ? La question doit se poser. Et trouver une réponse, avant qu'il ne soit - à nouveau - trop tard. Toutefois, on peut échapper à cette tyrannie du vide. Une échappée à son petit niveau. De quelle façon? À chacun et chacune sa recette unique .Pour essayer de choisir sa langue nourriture. La moins polluée possible. Et la plus nourrissante.
De bonnes ondes à l’aube. Celle d’une fleuriste semant ses mots dans des oreilles. Sa voix, très enjouée, ouvre les portes de la journée. Une tâche quotidienne qui débute très tôt. Sans le moindre doute, ce n'est pas un métier qui lui a été imposé par la nécessité, son milieu, sa famille… Belle leçon de liberté de la fleuriste des ondes matutinales. La journée débute bien.
Après tout, tant pis pour l’humanité. Elle n’a trouvé que ce qu’elle cherche : sa fin. Dommage pour les humains. Mais il semble qu’il n’y ait rien à faire. La mémoire des horreurs ne durerait que le temps des deuils ? Chassez l’horreur, elle revient au galop. Que peut-on faire à son petit niveau? S’occuper de jardiner sa petite histoire. En attendant la fin programmée ?
Vous êtes d’où ? J’esquisse un sourire. Comment vous savez que je suis doux ? Puis je remonte lentement ma manche. Vous pouvez toucher. C’était de temps en temps ma réponse. À une question qui pourrait gêner. Pour ma part, elle ne me crée aucun souci. Une forme de curiosité. Et vous, vous êtes d’où ? Chaque fois, je renvoyais la question. Curieux aussi. Pour un autre voyage.
Ne pas savoir semble être devenu un luxe. De moins en moins d’individus ne sachant pas. Il suffit d’un clic sur tel ou tel moteur de recherche; il est capable d’offrir un savoir que d’autres mettaient auparavant des décennies à obtenir. Voire même toute une vie d'étude. Parfois disparaissant avant d’avoir pu goûter le fruit de leur recherche. Ce n’est plus du tout le cas. Savoir est banal.
Sale temps pour les poètes. Mais pas la première fois depuis la nuit des temps poétiques. La fiction et d’autres arts ont toujours eu un statut précaire. Nous avons nombre d’exemples. L’art et les artistes plus ou moins tolérés. Avec des censures visibles ou invisibles. Rien de nouveau. Les poètes et les autres artistes le savent très bien. Mais ils persévèrent. Contre vent et censures.