Les conceptions actuelles des déficits d'attention de l'enfance mettent l'accent sur des facteurs endogènes, inhérents à un neuro-développement troublé du fait de facteurs génétiques. Or, une telle interprétation tend à évacuer les implications relationnelles, sociales, politiques...Un enfant se développe en interaction, et ses troubles s'intègrent inévitablement dans un milieu
Les déficits infantiles d'attention ne seraient-ils pas le reflet d'un trouble partagé de la représentation, voire d'un refus de la pensée ? S'agiter, se disperser, pour évacuer ce qu'il y a de troublant à s'appréhender comme sujet, vulnérable et exposé à des affects éprouvants...Mais nos façons de "traiter" ne seraient-elles pas des symptômes en miroir ?
Désigner un trouble attentionnel suppose déjà de préciser ce qu'est l'attention. Or, cette interrogation amène à considérer ce qui est investi comme désirable, comme motivant - c'est-à-dire, au fond, la façon dont le monde est présenté, filtré et partagé avant même de pouvoir y être attentif...
Peut-on appréhender l'attention comme une fonction cognitive biologiquement programmée ? Ou, au contraire, ne faut-il pas l'envisager comme une émergence en lien avec des dynamiques relationnelles, affectives, sociales ? De même, l'agitation infantile doit-elle être systématiquement imputée à un trouble neuro-génétique ? Ou intégrée à des enjeux interactifs ?
En dépit des revendications de naturalisation, le Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité s'intrègre dans certaines évolutions anthropologiques très intriquées au néolibéralisme : neuroessentialisme, individualisation et médicalisation de problématiques sociales, dépolitisation, dimension de contrôle des populations, ouverture de marchés...
Au fond, c'est bien l'usage d'un traitement psychotrope spécifique qui est venu (re)définir le Trouble "Déficit d'Attention avec Hyperactivité". Mais comment ce lien s'est-il établi ? Et comment peut-on expliquer la banalisation et la massification du recours aux psychostimulants chez les enfants ?
Contrairement aux discours actuels, le Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité s'inscrit dans une histoire, voire une anthropologie, tissée de contradictions, de dissensus et de débats. Un petit détour par cette trajectoire socio-historique permet sans doute de mieux éclairer les enjeux contemporains
Revenir sur la généalogie du Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité permet de saisir la façon dont ce "syndrome" est aussi un révélateur de préjugés et idéologies très situés sur le plan socio-historique - ce qui va à l'encontre de toute forme de naturalisation
Alors que la prescription de psychostimulants chez les enfants devient de plus en plus systématique et dérégulée, il parait nécessaire d'appréhender les enjeux sous-jacents : quels risques iatrogènes ? Quels déterminants socio-politiques ou économiques ? Quelles négligences et responsabilités collectives ?
L'hyperactivité infantile est désormais un symptôme social, voire une pathologie de civilisation. Mais que signifie la diffusion ubiquitaire de ce trouble sur un plan anthropologique ? Et de quoi la mise sous psychotropes des enfants est-elle le révélateur ? Enquête approfondie en plusieurs épisodes...