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Billet de blog 4 avr. 2018

4 Avril 68: Martin Luther King est assassiné

N°28 de la série "1968" qui en comportera plus de 68 sur l'année. Martin Luther King est tué le 4 avril 68 alors qu'il mobilise contre la guerre et pour un marche sur Washington contre la pauvreté. Prochain article de la série "1968", à lire demain 5 avril: Alerte à Versailles: 52% des français veulent un nouveau Mai 68 !

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4 Avril 2018

Le pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la Paix 1964, est tué d’une seule balle le 4 Avril 1968 à Memphis (Tennessee) au balcon de sa chambre d’hôtel. Son assassinat est suivi d’émeutes dans cent-dix villes réprimées au prix de milliers de blessés et de dizaines de morts.

James Earl Ray, militant ségrégationniste supposé, est arrêté et plaide coupable le 10 mars 1969 sur le conseil de son avocat pour éviter la condamnation à mort. Trois jours plus tard, il se rétracte, renvoie son avocat, et déclare que les coupables du meurtre sont un certain « Raoul » et son frère Johnny, et indique une piste de conspiration. Jusqu’à son décès en 1998, il tente en vain de faire réouvrir le procès.

Mais en 1999, Coretta Scott King, veuve du martyre gagne un procès civil contre Loyd Jowers, qui avait révélé à la presse six ans plus tôt avoir reçu 100 000 dollars pour participer à une conspiration impliquant la mafia et le FBI. Le FBI avait qualifié le prix Nobel de la Paix de «Nègre le plus dangereux pour l’avenir de cette nation».

Le dernier discours de Martin Luther King, le 3 avril 1968, soit la veille de son assassinat, montre qu’il avait reçu 5 sur 5 le message du FBI:

Dernier discours de Martin Luther King © Geodel21

Lorsque Martin Luther King est assassiné, il est à Memphis pour soutenir 1300 éboueurs en grève. Son soutien à cette lutte, bien décrite ici, illustre ses positions de classe. King a peu à voir avec sa récupération commerciale ou par la bourgeoisie noire, Obama en tête.

Un article fort bien venu de Sylvie Laurent dans Le Monde diplomatique vient de le rappeler. King n’est pas dupe du marché offert aux Noirs en 1965. Ecoutons-le dans son dernier livre: « Le problème est que nous n’entendons pas la même chose lorsque l’on parle d’égalité ; Blancs et Noirs en ont une définition différente ; les Noirs partent du principe que“égalité” s’entend au sens littéral et ils pensaient que les Blancs en convenaient et tiendraient leur parole en la promettant... Mais la plupart des Blancs, y compris ceux de bonne volonté, n’entendent par “égalité” qu’un vague synonyme d’“amélioration”. L’Amérique blanche n’est pas prête psychologiquement à réduire les inégalités ; elle cherche à se ménager et, au fond, à ne rien changer.  » (Where Do We Go From Here : Chaos or Community ?, Beacon Press, Boston, 1967). King entend que l’égalité soit aussi sociale.  

Dans le discours « To minister to the valley » prononcé à Miami le 23 février 1968, ses paroles résonnent encore plus: « nous avons un système socialiste pour les riches et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! ». Au New York Times, il confie qu’il s’est « engagé dans une forme de lutte des classes ». En même temps, il lance la « Campagne pour les pauvres » devant aboutir sur une marche vers Washington. Cette campagne exige une charte des droits économiques qui nous parle encore aujourd’hui: salaire minimum garanti, participation de comités de pauvres au processus législatif, création massive d’emplois publics et de logements sociaux. La marche doit arriver à Washington le 13 mai. Il est assassiné un mois avant…

Une brochure de la « Campagne pour les pauvres », 1968 (version intégrale)

Suite à l’assassinat de King, le pasteur Abernathy prend la relève. Des dizaines de milliers de personnes se réunissent à Washington entre mai et juin sous la canicule. Mais les huttes construites pour abriter les sans-abris sont détruites par des pluies torrentielles ou les attaques très violentes des Pigs (porcs = police). Plus de 260 personnes sont placées en garde à vue. Abernathy est incarcéré pendant trois semaines. Comme toujours: une seule réponse, la violence des bandes armées de l’Etat.

Radicalisation de King, autrement dit conscience tardive ? Pas du tout, démontre Sylvie Laurent qui rappelle qu’à 23 ans il a lu Karl Marx, Gandhi et le pasteur pacifiste et socialiste Norman Thomas, et que dès 1952 il écrit à sa future épouse Coretta : « Le capitalisme est arrivé au bout de son utilité historique », tout en se proclamant « socialiste ». Dans « Beyond Vietnam : a time to break silence », le sermon ci-dessous prononcé à New York le 4 avril 1967, il affirme: « Lorsque les machines, les ordinateurs et la quête du profit sont plus importants que les gens, le triptyque fatal du matérialisme, du militarisme et du racisme est invincible »

Le discours poignant de King le 4 Avril 1967 à New York appelant à combattre la guerre au Vietnam

Discours de Martin Luther King contre la guerre du Viêt Nam © ReOpen911

Dans le discours « Where do we go from here ? » prononcé à Atlanta le 16 août 1967, il proclame :« Il est temps que les groupes privilégiés lâchent un peu de leurs millions ; cela n’a rien coûté de déségréguer le Sud ou de nous donner le droit de vote ; maintenant, c’est différent. (...) Quand on commence à se demander pourquoi il y a quarante millions de pauvres dans ce pays, on en vient à d’autres questions sur la répartition des richesses : qui possède le pétrole ? Qui possède le minerai de fer ? ».

Son « pacifisme » était celui de la désobéissance civile, voire de l’action directe de masse débordant les moyens de répression de l’Etat, tout comme celui de Grandi d’ailleurs. Face aux insurrections des ghettos, il affirme que « la violence est le cri de ceux que l’on n’entend pas » et que le seul moyen d’ y mettre fin est la lutte contre l’exploitation, le racisme, et la brutalité policière.

La vie écourtée de King méritera ce reportage des Actualités Télévisées du 9 avril

L'assassinat de Martin Luther King 4 avril 1968 © Ali_La_Pointe

La désignation de Martin Luther King par le FBI comme le «Nègre le plus dangereux pour l’avenir de cette nation», suivie de son assassinat est la conclusion de la vague de luttes nées au début des années 60, notamment à Greensboro (Caroline du Nord), en 1960, quand des étudiants noirs font un sit-in contre la ségrégation. Plusieurs universités des Etats du sud se mobilisent à leur tour. En 1964, le mouvement des droits civiques aboutit à la "révolte des campus », notamment à l'université de Berkeley.

En même temps, le nombre de soldats envoyés au Vietnam passe de 24 000 à 184 000 en 1965. La lutte pour les droits civiques rejoint celle contre la guerre (voir dans cette série l’article 16 mars 68: My Lai, un Oradour sur Glane perpétré au Vietnam). Ces évolutions se situent dans le contexte de la naissance et du développement d’une nouvelle gauche aux Etats-Unis.

Entre 1964 et 1968, 257 villes des États-Unis sont touchées par 329  émeutes. Plus de 50 000 personnes sont arrêtées, plus de 8 000 sont blessées et 220 sont assassinées, la plupart des afro-américains, sous un déploiement d’armes lourdes, engins blindés et hélicoptères.

Un des soulèvements les plus importants est celui de Newark, près de New York, au mois de juillet 1967. Suite au passage à tabac d’un chauffeur de taxi noir, le 12 juillet 1967, un meeting devant le poste de police est dispersé par une charge de police suivie par un pillage généralisé. Deux jours après des milliers de gardes nationaux ouvrent le feu sur la population noire de Newark et assassinent plus de 20 noirs, dont 6 femmes et 2 enfants. Sur les émeutes de 1967 voir article de Pierre Rousset dans le numéro d’octobre 1967 d’AGJ, pages 20 et 21.

Les premières victimes d’assassinats ciblés deviennent ensuite les membres du Black Panthers Party (BPP) fondé à Oakland (Californie), en octobre 1966 par deux étudiants en droit, Huey P. Newton et M. Bobby Seale. Le BPP s’inspire en partie des analyses de Malcolm X, assassiné lui-même sur ordre du FBI le 21 février 1965 alors qu’il venait d’adopter des positions socialistes. Le programme du BPP affirme « Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s’unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite. (...) Nous croyons que nous menons une lutte de classe, pas un combat racial. » Voir le documentaire ci-dessous d’Agnès Varda sur les Panthères Noires

Black Panthers (1969) © Israel de Francisco

Les Panthères Noires ne comptent alors pas plus de 5 000 militants mais organisent des cantines scolaires, des soins de santé, et surtout contribuent à l’auto-défense des noirs. Le 8 septembre 1968, John Edgar Hoover, à la tête du FBI, déclare que le BPP « constitue la plus grande menace qui soit contre la sécurité interne du pays ». Ce n’est plus le pasteur Martin Luther King, puisqu’il a été éliminé cinq mois plus tôt.

En décembre 1969, Fred Hampton, leader de Chicago est exécuté dans son lit. Début 70, Geronimo Pratt, un des dirigeants de Los Angeles, est arrêté pour le meurtre d’une femme blanche à Los Angeles alors qu’il était à Oakland. Dans l’année 1970 trente-huit militants sont assassinés par la police. La répression et les infiltrations du FBI finiront par diviser puis détruire le BBP, forçant de nombreux dirigeants à l’exil ou à la prison. 

A lire aussi

- La lutte inachevée de Martin Luther King- Par Brian Jones

- Une commémoration erronée de «Je fais un rêve»- Par Gary Younge

-The Color of the Law. Droit de vote et «Southern way of life»

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Le même jour…

- Brésil: À Rio, la police charge les étudiants, sabre au clair : 5 morts, 100 blessés.

- De retour d'Italie, Jean-Jacques Servan Schreiber livre son analyse dans l’Express sur la révolte de la jeunesse… "Rome, 28 mars. Vue d'ici, la France apparaît calme et sa jeunesse modérée. Le défilé des lycéens, boulevard Saint-Germain, réclamant une réforme démocratique de l'enseignement et la 'liberté d'expression' dans les lycées; la manifestation de l'Unef pour exiger la construction de nouveaux bâtiments universitaires dans la région parisienne; et même la grève à la faculté de Nanterre sont paisibles par rapport à la véritable guerre civile qui se déroule à Milan, Turin et Rome, entre la jeunesse et l'autorité."

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Articles déjà publiés dans ma série « 1968 »

  1. 5 Janvier 68: Dubcek accède au pouvoir en Tchécoslovaquie
  2. "Eh bien non, nous n'allons pas enterrer Mai 68", par A. Krivine et A. Cyroulnik
  3. 26 Janvier 68: Caen prend les devants
  4. 27 janvier 68: les lycéens font collection de képis de policiers
  5. 29 Janvier 68: Fidel écarte les dirigeants pro-soviétiques
  6. 31 janvier 68: Vietnam, l’offensive d’un peuple héroïque
  7. Mai 2018 : sous les pavés la rage, par Jacques Chastaing
  8. Mai 68 vu des Suds
  9. 6 Février 68: grand Charles et grand cirque à Grenoble
  10. 14 février 68: combat pour le cinéma
  11. 17-18 Février 68: La jeunesse européenne avec le Vietnam
  12. Mai 68 n’a pas commencé en mai, ni en mars, ni au Quartier Latin, ni à Nanterre
  13. 24 Février 68: Plate-forme commune FGDS- PCF
  14. 26 février 68: L'aéroport c'est déjà non, et au Japon
  15. 1er Mars 68: bataille romaine de Valle Giulia
  16. Mai 68: des conséquences "positives" pour 79% des Français
  17. 1968: le père De Gaulle et la tante Yvonne, ça suffit !
  18. 8 mars 68 : révolte étudiante en Pologne
  19. 11 mars 68 : les affrontements de Redon donnent le ton
  20. A retenir: le 23 Juin, colloque "Secousse et répliques de Mai-Juin 68"
  21. 15 Mars 68: Université en grève et répression sauvage en Tunisie
  22. 16 mars 68: My Lai, un Oradour sur Glane perpétré au Vietnam
  23. 18 Mars 68: début du Mai sénégalais
  24. 20 mars 68: Karameh, une victoire de la Palestine 
  25. 22 mars 68: Nanterre allume la mèche
  26. 25 Mars 68 à Honfleur: "Je n'avais pas vu ça depuis 36 !"
  27. 28 mars 68: à Rio l’assassinat d’un étudiant déclenche un mouvement de masse

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