Ratification du CETA par l'Assemblée nationale, retour à l'esprit de la Collaboration

L'ouvrage collectif "L'entreprise Macron" regroupe un grand nombre de chercheuses et chercheurs ayant rapidement pris pour sujet d'études cet objet politique nouveau. Son analyse sociologique de l'électorat LREM interroge sur ses correspondances avec l'analyse de la collaboration industrielle dont les motivations paraissent se retrouver dans celle de l'adoption du CETA.

La prochaine ratification par la majorité du CETA est un scandale en considération, d'une part, de la possibilité constitutionnelle des députés d'y faire échec, et, d'autre part, de la monstruosité juridique à consacrer une justice privée permettant à ses privilégiés de contourner et s'émanciper du droit commun au profit de leurs "profits".

L'emploi du mot "investisseur" ne sert qu'à travestir celui d'actionnaire. Quant au mécanisme d'arbitrage, rien ne garantit qu'il soit accessible efficacement à toutes les entreprises, à commencer par les petites, les plus fragiles. C'est donc un droit d'exception, inégalitaire, discriminatoire, reposant sur la fortune, consacrant le rapport de forces.

Au-delà d'un "président des riches" servant les intérêts d'un "bloc bourgeois" ; l'actualité interroge sur le regain irrésistible de la pensée contre-révolutionnaire.

La déclaration de Charles de Courson, fils de résistant,  «On se croit revenu sous le régime de Vichy» résonne étrangement en considération de l'analyse sociologique de l'électorat de Macron  et les travaux sur la collaboration industrielle.

La convergence et la proximité du présent avec un passé fascistoïde ont inspiré " Récidive 1938 " à Michaël Foessel, professeur de philosophie à l'école polytechnique.

L'adoption d'un mécanisme d'arbitrage pour préserver les profits des actionnaires, échappant ainsi au droit commun, relève de la même indigence intellectuelle et démocratique que celle des industriels finançant la campagne du parti nazi décrite au début de l'Ordre du jour par Eric Vuillard.

Ce sont les mêmes types d'entreprises, si ce ne sont pas les mêmes, qui vont bénéficier du mécanisme d'arbitrage, comme elles bénéficient déjà de la fraude fiscale, au préjudice de la démocraties et des citoyens. Comme avec les privatisations d'ADP, de la FDJ, des autoroutes, des services publics, etc.

Au-delà se pose la question de la protection réelle contre les atteintes au principe de précaution, tant pour la santé que pour un environnement sain, l'effectivité des droits sociaux, le bien-être général, les droits humains.

La mansuétude critique pour le fascisme bourgeois porte à s'interroger sur la disqualification politique qui ne s'applique qu'aux catégories socio-professionnelles modestes. Faisant prévaloir la parole d'expert sur le bon sens populaire.

La manifestation de soutien à François Fillon au Trocadéro a été une expression de ce conservatisme réactionnaire, renvoyant plus au boulangisme qu'à la vie démocratique d'un Etat de droit moderne.

Fillon et ses partisans n'ont pas été pour autant dénoncés de "populistes" ; comme l'ont été les "gilets jaunes". Ce biais du commentaire politique en France, semble montrer que "Populiste" ou "fasciste" sont un adjectif réservé à un groupe de population seulement, comme le mépris de classe.

A la discrimination médiatique s'ajoute la relégation géographique.

La "France périphérique" de Christophe Guilly, reprenant le thème de la "fracture sociale", que complète "L'archipel français" de Jérôme Fourquet interrogent sur la politique menée depuis 40 ans.

Le néolibéralisme aurait-il le même effet que la politique de colonisation en Palestine : atomiser le lien social, le pays même, précariser, mutiler, créer des tensions, les réprimer par la force armée, gérée comme un conflit de basse intensité, avec la même outrance verbale que sous un régime totalitaire (cf. la communication du ministre de l'intérieur à propos des gilets jaunes).

L'absence de prise en compte réelle des problèmes sociaux par le pouvoir exécutif et de réponse pertinente et efficace - il reste dans le discursif - signale une stratégie de diversion pour dissiper l'attention sur le contrôle social, voire la neutralisation, l'exclusion, qui s'affirme et s'accélère à chaque prétexte.

L'adoption continue de textes actant une régression sociale prohibée (un "Munich social" permanent) ou une atteinte aux libertés publiques s'accompagne d'un discours justifiant la répression sanglante des mouvements sociaux, jusqu'au mépris du secret de l'instruction et des dénonciations internationales *.

Cette "évolution" fait rétroactivement écho à l'étude de Virgine Sansico sur " La justice déshonorée " (peine plancher, répression de l'opinion, mise en demeure de la police à la justice de s'expliquer sur sa "mansuétude", importance du rôle du parquet, ...).

70 ans et quelques centaines de millions de morts après, les brutes, qui s'inventent un "progressisme" - une escroquerie intellectuelle - s'affirment au pouvoir. La ratification du CETA par l'Assemblée nationale renvoie à son histoire et celle du reniement et de l'abdication démocratiques.

 

 

 

 

 

Prolonger :

Presses universitaires de Grenoble : " L'entreprise Macron " Dir. : Bernard Dolez, Julien Fretel, Rémi Lefebvre

L'improbable entreprise Macron - France Culture

Le Monde : « L’Entreprise Macron » : le macronisme décrypté

Vingt-deux chercheurs ont analysé, dans cet ouvrage, le basculement majeur dans l’histoire de la Ve République que constitue la dernière élection présidentielle et donnent quelques clés pour comprendre le succès d’Emmanuel Macron. Par Patrick Roger

Presses universitaires de Rennes : " L'épuration économique en France à la Libération"   Marc Bergère (dir.)

IFOP Géographie et sociologie du vote Macron : un négatif du vote FN

Le Monde diplomatique : Histoire Troublante indulgence envers la collaboration par Annie Lacroix-Riz 

L’exposition « La Collaboration (1940-1945) », présentée aux Archives nationales et accompagnée d’un ouvrage de ses commissaires scientifiques, Denis Peschanski et Thomas Fontaine (1), se pose en bilan de cinquante ans de recherches, dévoilant les « multiples visages de l’alliance avec les nazis » (Libération, 7 décembre 2014). Elle s’étend sur la propagande des publicistes, sur les hommes de main, sur la police —René Bousquet, surtout —, sans décrire leurs liens avec le capital financier (à sa sortie de prison, en 1949, Bousquet devient directeur de la Banque d’Indochine). Elle fait silence sur les origines de Vichy, le complot contre la République et la débâcle mitonnés depuis 1924, notamment avec la création de la première vague des ligues fascistes, et ne dit presque rien des élites : obsession de Marc Bloch depuis « l’étrange défaite » de 1940, l’armée de Vichy a ici disparu. Le haut clergé catholique collaborationniste se limite au cardinal Alfred Baudrillart (mort en 1942, à 83 ans), présumé « réticent devant le premier statut des Juifs ». S’impose « l’autre histoire de la collaboration économique », celle des « intermédiaires, hommes de paille, petits escrocs ou grands truands », représentés par l’ancien « chiffonnier juif » Joseph Joanovici (quatre pages du livre, le panneau économique de l’exposition), qui a « amassé la plus grosse fortune de toute l’Occupation ». Sur le reste règne « l’accommodation complexe », sans rapport avec la collaboration, selon la formule de l’historien suisse Philippe Burrin.

Pourquoi notre cerveau n’est pas écolo (et que nous sommes gouvernés par des brutes) ?

Surconsommation, suralimentation, addictions… Notre cerveau nous pousserait à détruire la planète au nom du plaisir immédiat. C'est la thèse que défend Sébastien Bohler dans son dernier essai : "Le bug humain." (Robert Laffont, 2019).

Le progressisme, c'est le populisme de l'élite

L'arnaque, c'est de faire croire que les idéologies sont mortes, emportant avec elles le clivage gauche-droite et niant l’asservissement d’une partie de la population par une autre à des fins de profits.

LREM, victime et esclave du striatum, serait-elle " buggée ".

"Le bug humain" (Robert Laffont, 2019)

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