Une démarche volontaire pour favoriser la réussite, l’égalité et le bien-être à l’école : « notre école, faisons-la ensemble » semble cocher toutes les cases garantes du succès. Mais il faut y regarder d’un peu plus près pour en percevoir les limites.
On accorde peu à peu plus d’importance aux compétences sociales et comportementales dans l’école française. Faut-il y voir une adaptation dangereuse de l’école à l’entreprise ou, au contraire, un levier pour réduire l’injustice scolaire ?
Faire confiance aux enseignants, inciter aux initiatives locales, réformer le collège, cela peut-il suffire à changer la donne, si l’actuelle politique des savoirs reste inchangée ?
Des publications et travaux récents mettent en lumière l’illusion méritocratique à l’œuvre dans l’école française. Mais il faut aller plus loin, et débusquer dans la politique ségrégative des savoirs de solides racines de l’injustice scolaire.
Une « école tisserande » pour grandir singulièrement et collectivement en humanité, tel est l’objectif dessiné dans le livre d’entretiens publié récemment par Abdennour Bidar et Philippe Meirieu. Pour une école vraiment tisserande, quelle politique des savoirs ?
On ne les connait pas aussi bien que les « contractuels chocs », mais les « contractuels chics » existent aussi à l’éducation nationale. Leur existence, analysée dans Le Monde diplomatique de ce mois-ci, est un révélateur supplémentaire de l’Ecole injuste, sous les vertueux habits de « l’égalité des chances ».
Et voici une nouveauté de la rentrée dont il a été fort peu question, et pour cause : l’éducation économique, budgétaire et financière des collégiens. Un nouvel exemple de l’hypocrisie éducative de notre organisation de la formation des élèves.
Dans notre imaginaire éducatif dominant, il suffirait d’une mesure technique pour résoudre toute question.
Ainsi LA solution à la crise du recrutement des professeurs serait une augmentation de leur traitement. Pas si simple !
Si le Président, dans son discours aux rectrices et recteurs à la Sorbonne, a décrit « le gâchis collectif » de notre politique d’éducation, il n’est pas sûr qu’il suffise de « changer de méthode » de management, de remplacer la défiance par la confiance pour changer la donne, si persiste l’omerta sur une politique des savoirs qu’il se garde bien de remettre en question.
Deux tribunes parues cette semaine tentent d’éclairer les enjeux de politique éducative de cette nouvelle rentrée scolaire. Enjeux cruciaux, qui ne sauraient occulter l’enjeu fondamental de la politique des savoirs.