Hebdo #90: soignant·e·s – de héros à zéros, la politique de l’abandon

En reparcourant la nuée de récits de soignant·e·s du mois de mars jusqu’aux plus récents, je me suis aperçue que nous avions là, dans le Club de Mediapart, un solide arsenal d’archives où se joue la construction d’une mémoire collective qui résiste au discours du pouvoir. Disette de surblouses et de masques, délabrement brutal du soin, patients entassés dans les couloirs... Même s'il serait plus simple d'enfouir ces témoignages dans le passé, cette contre-narration brave la tactique gouvernementale de l'oubli et de l'abandon. 
  • « Je suis aide soignant aux urgences […] j’ai été contaminé à l’accueil des urgences. Personne n’avait de masque, le patient qui m’a contaminé a également contaminé plusieurs autres collègues ».
  • « Lors du plan blanc dû à la pandémie covid, j’ai travaillé du 17/03 au 10/04 en consultation de grossesses pathologiques. Durant cette période, je n’avais pas de gel hydroalcoolique à disposition. J’avais un masque chirurgical unique pour 12h de travail effectif ». 

À l’occasion d’une plainte contre X mené par le collectif Inter-urgences concernant « les situations vécues ayant porté atteinte à la santé des patients comme des professionnels », des soignant·e·s sont invité·e·s à inscrire l’essaim de micro-faits qui, pendant des mois, auront coûté des vies.

Cette débâcle du quotidien, les professionnel·le·s de santé l’ont raconté pendant des mois dans le Club. Ces textes résonnent aujourd’hui, en ce jour de mobilisation nationale des soignant·e·s, comme une clameur écoutée par personne, des alertes sans interlocuteur. Alors que le gouvernement s’apprête à faire payer l’entrée aux urgences et transmue l’héroïsation du mois de mars en mépris du mois d’octobre, l’enjeu de la maîtrise du récit de leur propre vécu par les soignant·e·s – l’épuisement, la disette de surblouses et de masques, le délabrement brutal du soin en EHPAD, les décès solitaires, les sacs mortuaires, les patients entassés dans les couloirs —, est la construction d’une mémoire collective qui résiste au discours du pouvoir, contre la stratégie de l’oubli, cette tactique confiscatoire qui permet d’ignorer leurs revendications. « Ne les laissez pas réécrire l’histoire, témoignez ! », enjoint le collectif inter-urgences. En reparcourant la nuée de récits de soignant·e·s du mois de mars jusqu’aux plus récents, je me suis aperçue que nous avions là un solide arsenal d’archives où se joue cette contre-narration. Une véritable petite bibliothèque de témoignages circonstanciés qui disent, avec leurs mots, tout à la fois l'étiolement et la robustesse, la lutte et la ruine, mais surtout les conséquences concrètes d'une politique de l'abandon. 

« Je n'ai pas envie de remettre des gens dans des sacs mortuaires »

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« Je ne sais pas trop dans quel but j’écris ces lignes, peut-être parce que je n'arrive plus à parler ». Tous les témoignages de soignant·e·s, comme celui de Yasmina Kettal, infirmière aux urgences de l’hôpital de Saint-Denis, sont habités par un peu d’indicible, troués par des silences, tâtonnants. Mais le peu qu’il leur restait de forces, ils et elles l’ont utilisée pour documenter les manques et l’épuisement de leurs corps. Ce texte publié le vendredi 2 octobre est un paradoxe de part en part. En expliquant pourquoi elle ne parvient plus à parler, l’infirmière en dit beaucoup. Elle oscille entre mutisme et tumulte. « Je n'ai pas envie de remettre des gens dans des sacs mortuaires. Je n'ai pas envie de voir les gens avec lequel je travaille avoir peur. Je n'ai pas envie de faire du tri à l'arrache, du travail à l'arrache. Je veux plus remettre des gens sur des bouteilles d'oxygène dans le couloir parce qu’on a utilisé toutes les prises.»

« C'est mon 3ème jour coco, et je suis déjà épuisée »

Rembobinons. Cette immense lassitude exprimée par Yasmina Kettal — qui est aussi la fatigue politique d’une soignante qui lutte depuis longtemps contre l’effondrement de l’hôpital public —, comme un écho, réveille le concert de voix de soignant·e·s exténué·e·s qui prennent la parole depuis mars dans nos colonnes. « Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai pleuré dans ma voiture. Je me suis rendue compte que les cercueils c'était notre quotidien. […] Je me suis rendue compte de l'épuisement des équipes. C'est mon 3ème jour coco, et je suis déjà épuisée ». « Coco » est le petit sobriquet affectueux donné au Covid-19 par une infirmière de 21 ans en avril dernier dans un court texte hébergé par Eugénio Populin. « C'est pas grave, après tout, on est des héros », ajoute la soignante. 

« Je n’oublie pas »

Cette malice vis-à-vis de la rhétorique martiale du Président et du petit jeu cajoleur de l’héroïsation, dont les soignant·e·s n'ont jamais été dupes, parcourt de nombreux témoignages. « Je suis soignant mais pas en guerre, car je n’aurais jamais accepté de partir à la guerre sans équipement […] Je suis soignant mais pas en guerre, car je n’aurais jamais accepté de partir à la guerre avec une telle infériorité numérique », martelait un infirmier anesthésiste au gré d’une anaphore qui semblait satiriser la solennité présidentielle, clôturant simplement par « Je suis soignant ». Contre les formules incantatoires du pouvoir, l’infirmier rappelait, au coeur de la crise, les luttes récentes : « Je suis soignant mais je n’oublie pas. Il y a encore quelques mois, je faisais grève. Les soignants tiraient la sonnette d’alarme sur le déclin du système hospitalier. » 

Les 4000 appels par 24 heures au SAMU, ce déferlement immaîtrisable sans moyen d'y faire face (retracé heure par heure ici par un salarié du SAMU), ces médecins qui répondent « Je n'ai plus de place dans les couloirs, plus de brancards pour mettre les patients », la pénurie de surblouses, les stocks de masques datant de 2009 sortis de derrière les fagots... : pas d’inquiétude, racontait Jeanne Mathé, psychologue à l’APHP, puisque « chaque jour, dans notre boite mail, tous les membres du personnel reçoivent un message de Martin Hirsch pour nous encourager et nous motiver. Il nous dit à quel point notre dévouement, notre esprit d'équipe et notre humanité font de nous des "héros" ». Héroïne ou non, Jeanne a été « remerciée » en plein déconfinement, brutalement. « C'est de cette façon que l'on remercie les gens, à l’APHP »

« J'ai décidé d'agir comme je me l'étais promis. J'ai refusé. »

« Je ne suis pas un héros, et encore moins un soldat », contestait aussi Etienne Grangier, infirmier, le 18 avril, qui a pour sa part fait le choix de quitter sa fonction après avoir constaté les conditions indignes et funestes dans lesquelles il devait travailler : 2 blouses jetables pour la journée. « J'ai décidé d'agir comme je me l'étais promis. J'ai refusé. » Hors de question de « donner sa peau » à une élite incompétente et meurtrière. Malgré la grandiloquence et les applaudissements, la pommade présidentielle sur le dévouement sacrificiel et héroïque n’a pas pris. Car derrière la tentative de créer du consensus et une identification empathique du corps national autour de quelques symboles fabricateurs de référents communs (la guerre, les héros), rien ne suivait.

Une fenêtre protestataire de Cachan, Val-de-Marne. Reçu lors de notre appel à contribution du 1er mai : "confiné·e·s mais mobilisé·e·s!" Une fenêtre protestataire de Cachan, Val-de-Marne. Reçu lors de notre appel à contribution du 1er mai : "confiné·e·s mais mobilisé·e·s!"
La capitalisation sur la fonction cohésive d’une symbolique martiale — qui trouve aujourd’hui son prolongement dans l’instauration incohérente d’un couvre-feu — tentait laborieusement de neutraliser le réel, que tous ces témoignages permettent de faire surgir. « Considérer les soignants comme des surhommes fait peser sur eux d’immenses responsabilités tout en leur interdisant d’être vulnérables », analysait avec finesse Mélia Djabi, « Nous prenons également le risque de diluer nos responsabilités individuelles – et de se donner même l’impression d’agir en applaudissant les soignants – sans enclencher une réelle action collective », et le peu de suivi des manifestations de soignants post-confinement le prouve. La fabrication en dyptique de héros et de bouc-émissaires, de sauveteurs et de coupables, « participe à dissimuler la crise sanitaire structurelle ». Et ce, au risque d’une désillusion colossale, ajoutaient Marie Pezé et Thomas Lieutaud dans un autre décryptage éclairant sur le sujet. Ils voyaient déjà dans la très sonore et ritualisée reconnaissance du travail des soignant·e·s une stratégie de « déni des défauts d’organisation du travail » par le pouvoir, sourd aux demandes des soignant·e·s sur le manque d’effectifs, les flux tendus, les statuts précaires, l’épuisement. 

Les mêmes logiques prévalent aux formules stériles comme « les Français aiment leurs soignants » (Olivier Véran, conclusions du Ségur de la santé), ajoutait quelques mois plus tard Mary Dorsan, soignante en psychiatrie et écrivaine, en critiquant la stratégie de dépolitisation qui consiste à parler d'"amour" quand on parle de soin. Les soignants « ne veulent pas de mines graves ou apitoyées à l’écran de leur télévision »En revanche, ils se souviennent « des fusions, des restructurations, des fermetures de lits, de services, d’hôpitaux, des réaffectations, des sous-effectifs, des commissions de disciplines, des convocations abusives... » La brutale indifférence dont fait preuve le Président envers les professionnel·le·s du soin actuellement après quelques mois d'héroïsation et de flagornerie vient confirmer toutes les méfiances de l’époque. 

« Pendant deux mois j’ai été abandonnée »

En EHPAD, « mon métier s’est dégradé d’un coup », témoignait Séverine, aide-soignante depuis 12 ans, en juin dernier dans le blog des Ateliers travail et démocratie. « Pendant deux mois j’ai été abandonnée ». Avec ses mots, elle décrit la corrosion de son monde structuré par le soin et par une éthique qui passe au quotidien par le toucher : « Y’a plus de gestes, y’a plus rien ». Un travail transformé en une vie d’automate, régentée par une gestuelle dépossédée de toute sa part de tendresse, l’impossibilité d'épauler, de conforter des personnes pour qui serrer une main est parfois le dernier repère. De ce devenir robotique du métier découle un isolement des patients — « des gens qui étaient capables de rire, aujourd’hui les âmes sont complètement exsangues ». Séverine ne peut s'accommoder à ces jours sans couleur. « On a éteint la lumière », écrit-elle simplement.  

Patricia, infirmière territoriale, relatait en juillet, pour sa part, ce jour « étrange », prodigieux, où son EHPAD n’était pas en sous-effectif, et les effets concrets, palpables, de ces conditions améliorées sur le corps des patients, mais aussi celui des travailleur·euse·s. « Etrange impression ! Celle de ne pas avoir à forcer les corps enraidis des résidents grabataires lors des toilettes, des changements de draps, de l’habillage où souvent les membres craquent, résistent, donnent l’impression insupportable de vouloir se briser. » Pour une fois, l’aide-soignante « ne force pas sur son dos, sur ses poignets, sur ses épaules, pour mobiliser ces corps qui ont perdu depuis longtemps la notion de participation et de mouvement spontané. » 

« Je me sens maltraitée. Et maltraitante »

En creux, l'infirmière dépeint la brutalisation forcée de ces corps ankylosés par un soin réduit à peau de chagrin, régenté par « des tableaux et des graphiques ». Car des patients, « nous sommes garants de leur humanité ». « Je me sens maltraitée. Et maltraitante » répond Mélina, psychiatre en HP, décrivant le même processus d'automatisation forcée, le même métier transmué en une mécanique mal huilée, la même honte de mal faire, les nuits d’angoisse. 

« Je perds mon temps et mon énergie à batailler contre l’administration. J’aimerais garder cette énergie pour mes patients. Ils en ont besoin », s’agaçait Mélina. Cette bataille contre la machine technocratique et contre les scléroses de la hiérarchie traverse les témoignages. « J’enrage contre cette hiérarchie, implacable machine administrative, monstre bureaucratique inarrêtable dans sa mécanique destructrice », écrivait récemment un médecin hospitalier de 40 ans dans une diatribe torrentueuse. C’est aussi une administration peu soucieuse des problématiques humaines qui a bringuebalé cette infirmière de 58 ans de poste en poste, de lieu en lieu au long de sa carrière, lui interdisant de prendre racine nulle part au nom d’une sacro-sainte « flexibilité ». Et une autre qui a écarté Carmen, infirmière anesthésiste, de son travail, sans lui donner de raison valable, la précipitant dans la précarité en pleine crise sanitaire. 

« Faire bien, faire mieux, faire vite, faire plus »

Quant aux « injonctions paradoxales, faire bien, faire mieux, faire vite, faire plus », elles peuvent mener au burn-out, comme le raconte une infirmière en santé au travail — une soignante de soignants, donc — dans le blog Violence du Travail, collectif qui recueille méticuleusement les vécus et documente la souffrance au travail. Malade du « deuil de son idéal », cette infirmière s’est entendue dire : « Vous allez devoir vous arrêter avant de ne plus pouvoir vous lever de votre lit, un beau matin ». « Je n’y croyais pas, pas moi, pas moi, pas moi.», dit-t-elle. Là est la marque d’un système qui sait broyer les plus vaillants.

"Nos héros, plus mal payés d'Europe" © Palice Jékowski "Nos héros, plus mal payés d'Europe" © Palice Jékowski

« Manager un hôpital comme on manage une entreprise du CAC-40, ça donne bien souvent de piètres résultats », résumait Arthur Alexandre, psychologue, en mai dernier.

« Éboueur de l’humanité »

Témoignage inestimable ici encore, le soignant siffle la petite musique entendue de-ci de-là à l’hôpital, phrases captées entre couloirs et réunions : « Vous n’êtes pas content ? la porte est ouverte » ; « Votre vie c’est avant tout le travail » ; « Madame si votre maman n’est pas bien ici, changez-la d’établissement ». Sclérosée par l’égo des chefs et des sous-chefs, l’institution fait des salarié·e·s et des patient·e·s des dommages collatéraux et des objets remplaçables. Pour lui, l’hôpital est une entreprise « dont la cruauté finira par rivaliser avec Amazon », lieu de maltraitante institutionnelle. Un autre contributeur aide-soignant exténué, qui se désigne en « éboueur de l’humanité », chronique le système de culpabilisation qui va de l’Etat à la petite hiérarchie : « Le personnel soignant connaît bien la culpabilisation, les changements permanents de planning et les appels tôt le matin pour venir bosser alors que c'est ton jour de repos. Les techniques sont toujours les mêmes. On te passe de la crème et après c'est le chantage. « Si vous venez pas c'est la cata, les gens seront pas soignés. Ne laissez pas tomber vos collègues ». 

Facturation des passages aux Urgences

Malgré la déliquescence de l'institution, nulle réinjection de moyens dans l'Hôpital public n’est envisagée par le gouvernement. Quelques mois après un « Ségur de la santé » décevant, Emmanuel Macron s’est fendu d’un « ce n'est pas une question de moyens, mais d'organisation » en visite à l'hôpital Fondation Rothschild à Paris le 6 octobre, renvoyant aux soignants la responsabilité de la banqueroute hospitalière après les avoir applaudis pendant des mois, s’agaçait Laurent Thines dans un billet-vidéo ce dimanche. Plus grave encore est l’annonce de l'instauration d'un « forfait patient urgences », c’est-à-dire la facturation des passages aux Urgences ne donnant pas lieu à une hospitalisation (également décodée par Merôme Jardin dans le précieux blog de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament). Une mesure qui nie « la pénurie d’accès à la médecine de ville dans les nombreuses Zones de non droit sanitaire » dans les banlieues et campagnes, « la raréfaction des soins de proximité obligeant les patients à consulter de plus en plus souvent aux urgences », note le neurochirurgien de Besançon. Une mesure qui ne prend pas acte de la paupérisation de la société française et risque de l'intensifier ; une mesure, enfin, dont l’objectif final est d’introduire insidieusement dans l’esprit de chacun la nécessité d’une privatisation de l’hôpital. 

"Chacun ses urgences" © Fred Sochard "Chacun ses urgences" © Fred Sochard
L’hôpital public, Macron a « besoin de sa carcasse pour construire le système d’hospitalisation privée dont il rêve pour demain », ajoute le médecin. Congés annulés, soignant·e·s envoyé·e·s au travail même positifs au Covid-19… six mois après le pic épidémique, c’est le « retour des sacrifices » (Lire l’article de Caroline Coq-Chodorge). La fameuse prime exceptionnelle, inégalement répartie, exclut le secteur gérontologique, déplore la contributrice Bélinda Infray, et tout le médico-social, comme l’expliquait ce weekend le billet « De héros à zéros, les médico-sociaux du public grands oubliés du Ségur », à qui j’emprunte le titre désenchanté de cet Hebdo. « Bon gré, mal gré, les agents médico-sociaux du public avaient accepté les 183€ de revalorisation salariale promise lors du Ségur de la santé. A la sortie du décret, ils découvrent le montant de leur gratification : rien.»

« Je suis cette brise qui t'aide à souffler ta douzième bougie »

Le médico-social, très présent dans nos colonnes grâce au blog de Lien Social, est la cautèle « d’une société qui produit des exclus », écrit F. G., chef de service en résidence sociale« Je suis… Cette brise qui t'aide à souffler ta douzième bougie, / Ce vent qui te pousse à exprimer au juge ce que tu vis, / Cette tornade qui te fait sortir de ton lit, / Tantôt le méchant, tantôt le gentil...» Sous forme de petit poème, Elodie, éducatrice spécialisée, contrecarrait par les mots l’effacement social (elle est « une oubliée », écrit-elle), et racontait un métier qui se vit dans la chair, à la manière d'une lutte, avec ses griffures et ses morsures lors des moments les plus ardus auprès d'enfants délaissés. S. K., assistante sociale a, elle, décidé de démissionner. « J’ai organisé un mariage dans un foyer ; j’ai placé deux enfants en famille d’accueil ; j’ai travaillé jusqu’à 22h, jusqu’à l’arrivée de la police ; j’ai évité l’expulsion de deux familles ; j’ai soutenu et obtenu des titres de séjour […] j’ai animé un groupe de parole pour jeunes en situation de handicap autour de leur sexualité ». En énumérant cette kyrielle d’aventures, S.K dit l’âpreté du désenchantement. Un texte « écrit comme dans un souffle », sans pause ni apnée, commente Denys Laboutière dans un hommage en commentaire.

Une autre oubliée, Alexandra Caratini, aide à domicile (une profession dont les combats récents sont chroniqués ici par Yves Faucoup), a publié l'un des textes les plus marquants du confinement. La jeune soignante y narrait à la fois la beauté et la dureté du métier, jusque dans ses aspects les plus prosaïques. Les déjeuners et les siestes dans la voiture. Rassurer, choyer, consoler, coucher, changer les autres, jusqu'à s'oublier soi-même. Laver les dentiers, repasser le linge, nettoyer les urines et la vaisselle, emmener papy sur les lieux de son enfance, regarder les photos de famille avec eux, pleurer quand ils décèdent... tout en étant « celle qu’on appelle "la bonne"» ; « Je suis celle qu’on oublie... Vous oubliez... » 

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