A la Charité-sur-Loire (Nièvre), en remontant la grande rue qui descend vers le fleuve où en cette saison les bancs de sable laissent peu de place au fil de l’eau, on tombe en arrêt au numéro 14 devant une devanture peinturlurée de petits rectangles aux sept couleurs de l’arc-en-ciel : La Maison des mots.
Pierre Meunier a fait du théâtre avec des tas de pierres, des ressorts, des poulies, des pneus, des chambres à air, des bobines électriques en confrontant ces matériaux avec ses propres mots et son imaginaire. Pour « Forbidden di sporgersi », Meunier et sa fine équipe partent d’une matière compacte, énigmatique, stridente, les textes de Babouillec, « autiste sans paroles ».
Dans la jungle du off avignonnais, sur les plus de 1100 spectacles à l’affiche, nombreux sont ceux qui mettent en scène un seul acteur, une seule actrice. Mettons tout de suite à la poubelle le nombre conséquent de one (wo) men shows aux titres volontiers racoleurs et aux affiches d’une inénarrable laideur.
Reprise. Quelle belle langue que le portugais pour dire l’amour entre Antoine et Cléopâtre et la tristesse des héros, pressentant que leur amour court à sa perte, pressentant aussi qu’un jour quelqu’un racontera son histoire ? C’est le genre de pensée qui vous picore amoureusement le vague à l’âme lorsque l’on sort de « Antonio e Cleopatra », écrit et mis en scène par Tiago Rodrigues.
L’important, c’est de participer, disait le promoteur des Jeux olympiques modernes, lesquels devaient être autant sportifs que culturels. L’important, c’est le participatif, entend-on aujourd’hui dans la bouche de nouveaux promoteurs. Je participe, tu participes, il participatif. Le microcosme avignonnais est sur tous ces fronts.
D’un soir unique à l’autre, le Marquis de Sade et Michel Vinaver ont eu les honneurs d’Avignon. L’un avec deux de ses héroïnes, Justine et Juliette ; l’autre avec sa dernière pièce, « Bettencourt boulevard ».
C’est avec « Les Idiots » que le metteur en scène Kirill Serebrennikov avait ouvert sa première saison au Théâtre Gogol à Moscou à la rentrée 2012. Entretemps, la Crimée a été annexée par la Russie. Entretemps, Poutine et l’église orthodoxe russe ont exacerbé la fibre nationaliste et fortifié la verticalité du pouvoir. Entretemps, la vie de Kirill Serebrennikov n’a pas été de tout repos.