Billet n°100 : écrire par Mediapart

Et de 100. Voici mon centième billet. L'occasion de partager avec vous ce qui fut pour moi une expérience originale d'écriture et de vie, de combats et de découvertes, de lectures et de rencontres.Tout d'abord, il y eut une émission de Sylvain Bourmeau sur la démocratie participative qui réunissait Yannick Barthe, Yves Sintomer, Loïc Blondiaux. Un sujet qui me tenait à cœur depuis quelques années. J'avais cherché sur internet leur contact pour leur transmettre le seul texte, « libre », que j'avais écrit jusqu'alors (en dehors de tout ce que l'on doit rédiger quand on est étudiant en philosophie). Ce texte je l'avais envoyé quelques mois plus tôt à Pierre Rosanvallon après la lecture de son livre « La contre démocratie ». Yannick Barthe m'invitait à m'inscrire à une expérience intéressante, dans l'esprit de cette démocratie participative : Mediapart.

Et de 100. Voici mon centième billet. L'occasion de partager avec vous ce qui fut pour moi une expérience originale d'écriture et de vie, de combats et de découvertes, de lectures et de rencontres.

Tout d'abord, il y eut une émission de Sylvain Bourmeau sur la démocratie participative qui réunissait Yannick Barthe, Yves Sintomer, Loïc Blondiaux. Un sujet qui me tenait à cœur depuis quelques années. J'avais cherché sur internet leur contact pour leur transmettre le seul texte, « libre », que j'avais écrit jusqu'alors (en dehors de tout ce que l'on doit rédiger quand on est étudiant en philosophie). Ce texte je l'avais envoyé quelques mois plus tôt à Pierre Rosanvallon après la lecture de son livre « La contre démocratie ». Yannick Barthe m'invitait à m'inscrire à une expérience intéressante, dans l'esprit de cette démocratie participative : Mediapart. Le projet n'était pas inconnu à ceux qui ont l'habitude d'écouter France Culture et sa proposition finit par me convaincre.

Venu échanger sur l'état de notre démocratie, je fus saisi par l'actualité. On consultait les enseignants sur des nouveaux programmes mais nous avions déjà reçu dans les écoles les manuels « conformes aux programmes 2008 ». Je me dis qu'avec un blog sur Mediapart, j'avais là l'occasion, là, sur un blog, de dire ce que je ne trouvais pas ailleurs : ces nouveaux programmes n'étaient pas uniquement passéistes, comme l'avait écrit Philippe Joutard sur Mediapart, mais peut-être un coup commercial de Lagardère. L'hypothèse était osée mais quelques mois après la rédaction du billet, Mme Darcos, jusqu'alors travaillant au Ministère de l'Education, devenait directrice des relations institutionnelles chez Hachette livre.

Me voilà donc embarqué dans l'aventure Mediapart. Qu'est-ce qu'écrire, pour moi, sur Mediapart ? Avant de répondre franchement à la question, je suis forcé, et je m'en excuse par avance, de vous faire prendre un détour où dans un bout de texte à grande vitesse, je vais vous faire parcourir (presque) tout mon blog.

Tour à tour :

· Je levais quelques lièvres dans le ton d'investigation de Mediapart, l'autre, pas le club, le journal (Quand les élèves renseignent les ministères..., X. Darcos va supprimer l'école maternelle ?, L'Inspection Académique de l'Isère cherche un directeur obéissant et L'Inspection d'Isère revoit sa copie : la faute à Mediapart ?, Le gouvernement supprime la défenseure des enfants )

· Je luttais (La sanction tombe pour moi : 16 jours de retrait de salaire, 384 lettres de désobéissance et la mienne, Pratique d'un conflit asymétrique, un grand débat national sur les rythmes de vie de l'enfant, l'édition Changer les rythmes scolaires... à Lodève...)

  • Je rencontrais en « vrai » (et d'abord via le réseau social Mediapart) des abonnés, des journalistes et des directeurs de Mediapart, dont, et je n'en citerai qu'un, les autres me pardonneront, Claude Lelièvre. Sa seule bienveillance a été un encouragement à continuer à tenir mon blog.

Il ne faut pas se méprendre sur cette longue énumération. Elle a deux finalités que j'espère vous faire sentir plus aisément maintenant. La première est celle des fabuleuses possibilités de l'outil Mediapart. La seconde est mon étonnement pour avoir utilisé ces fabuleuses possibilités.

Voilà le cœur de ce que je voulais vous dire par ce billet. Je ne suis rien. Minuscule. Pourtant, tout en restant à la place de citoyen, ce presque rien dans notre « démocratie », j'ai le sentiment de participer pleinement au débat démocratique sur l'école dans ce pays. Pas seulement par les discussions avec les abonnés mais aussi en participant, avec des centaines d'autres, aux débats avec les dirigeants politiques et syndicaux (en tout cas je sais que j'ai été lu par le Ministère, quelques centrales syndicales et certains partis). Cela n'a pas manqué de m'étonner et m'étonne encore. Je crois que chacun, parlant strictement de son métier, de son quartier peut avoir une vision générale de la politique de son pays. Je pense à cette citation prêtée à La Boétie « ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Un blog sur Mediapart a, c'est évident, cette vertu politique de participation du citoyen au débat public. Son point de vue, pour peu qu'il soit un peu fouillé, suffit. Ecrire, dans certains cas, peut même devenir un acte politique plein qui transforme les rapports de force dans un pays ; le printemps arabe l'a parfaitement bien illustré.

Mais à côté de cette vertu publique, Mediapart, a eu une vertu personnelle. En me donnant un espace, une possibilité, une occasion pour écrire, je me suis mis à écrire. On dit souvent en pédagogie que l'on doit faire écrire aux enfants des textes qui ont du sens ; c'est-à-dire qui ont un but, une utilité et non des exercices formels (des lettres de demande à la Mairie, des poèmes à afficher à la Médiathèque, des comptes rendus dans le journal de l'école pour les parents...). Cela est peut-être encore plus vrai quand on n'a plus l'occasion d'écrire comme l'école en donne l'occasion. Quand avons-nous le temps d'écrire ce que l'on pense ; pas dans un commentaire, mais dans un texte un long qui porte une réflexion ? Je peux donc dire que je suis né à l'écriture avec Mediapart. Une écriture particulière qui n'a rien de littéraire. C'est l'écriture d'un blog à la fois intime où le « je » est permis ; parfaitement impudique et prétentieuse dans la manière de donner son avis et totalement « communicationnelle » (au sens d'Habermas) comme un lieu d'échange, de débat commun et de la construction du sens commun.

Ecrire son avis, engage. Et encore plus fortement quand on le fait en son nom. Là aussi, j'en sais quelque chose. On se doit de faire attention à ce que l'on écrit, trouver les mots justes et être juste dans ces réflexions. Ecrire « contraint » donc à lire. A lire des « savants » et des « sachants » pour faire un exercice critique de ce que l'on écrit. Ecrire pour lire, lire pour écrire. Une formule qui me donne l'impression d'avoir été gagnant, de m'être enfin donner les armes qui me glissaient jusqu'à présent entre les mains. En écrivant, on fixe une pensée mais, de fait, on se met à penser à ce que l'on dit. On le pense, en s'efforçant d'y donner le poids de la raison et de donner les raisons de ce que l'on pense. La parole devient plus assurée. Ecrire pour lire, lire pour écrire, lire et écrire pour parler. Assuré, on s'engage, on passe à l'action, on a le devoir de mettre en œuvre dans la pratique ce que l'on écrit sur internet. Ecrire pour lire, lire pour écrire, lire et écrire pour parler, lire-écrire-parler pour agir. Voilà comment on se retrouve à cheminer sur des routes que l'on n'imaginait pas prendre, pas autorisé à prendre. Ecrire pour lire, lire pour écrire, lire et écrire pour parler, lire-écrire-parler-agir et être maître de sa vie. Dans un certain sens Mediapart échappe à sa définition collective (liberté de l'information, investigation, débat démocratique...) et devient une expérience très personnelle ; celle d'un individu lambda qui, dans une tâche sans fin, reconquiert sur soi sa propre liberté.

 

 

PS : c'est aussi l'occasion d'embrasser et de remercier celle qui me relit patiemment et dont j'écoute les précieux conseils.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.