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Billet de blog 12 janv. 2016

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Vichy, la parenthèse, les indésirables (11)

Je n'avais plus envie de publier cette histoire ici par peur de l'incompréhension, par pudeur aussi et parce qu'il m'aurait fallu poursuivre cette histoire de mes parents au-delà de l'année 1940, travail difficile et douloureux. Ces derniers temps je crois que cela peut contribuer au débat sur la déchéance de nationalité...

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Ma mère est arrivée en France en 1926 pour y faire ses études. Ma mère les a commencées à Nancy où elle a obtenu son certificat d’études physiques, chimiques et naturelles (dit PCN). L’année suivante elle est partie à Montpellier pour y faire son stage d’un an dans une pharmacie et y continuer ses études. Mon père était arrivé en France en 1928 directement  à Montpellier, pour y faire des études de médecine.

Mes parents se sont mariés à Montpellier le 17 octobre 1930 et une année plus tard ils se retrouvaient à Paris où ils ont poursuivi leurs études. Il arrivait que mon père évoque la rue Linné où ils avaient vécu quelques temps.

Un jour, c’était le début des années quatre-vingt, mes parents ont tenu à nous montrer où ils avaient habité près des Buttes Chaumont. C’est là, rue Georges Lardennois, qu’ils ont eu leur premier fils Daniel ; mon frère. C’est là qu’ils ont choisi pour lui la nationalité française le 17 avril 1935 alors qu’il était né le 23 décembre 1934. C’est à Paris que ma mère a obtenu un diplôme de pharmacienne, en 1934, et que mon père a obtenu son diplôme de médecin en 1935.

Mes parents sont arrivés en Creuse, à Pontarion, fin septembre 1935. À l’époque on ne parlait peut-être pas de désert médical mais on manquait de médecins en Creuse... On en manquait aussi en Alsace où mes parents auraient pu s’installer, m’avaient-ils dit, mais ils avaient pensé que la Creuse serait une région plus sûre : ils se tenaient informés des troubles que connaissaient l’Europe. Ils avaient fait preuve de clairvoyance mais au moment de faire ce choix ils ne pouvaient pas imaginer à quel point les Creusois seraient accueillants.

Le baccalauréat roumain de mon père était reconnu en France, le baccalauréat letton de ma mère ne l’était pas. Il n’empêche qu’elle a été dispensée officiellement des épreuves comme l’indique son livret universitaire ouvert à Nancy. Mais un jour cette dispense a été remise en cause : il lui fallait un baccalauréat français pour que ses autres diplômes soient validés. Elle a préparé et passé avec succès les deux parties du bac français « B-Philosophie » en 1931 et 1932 pendant ses études de pharmacie ce qui lui a permis d’obtenir un diplôme de pharmacienne en 1934. Ensuite quelqu’un s’est aperçu qu’elle avait commencé ses études supérieures sans avoir le bac français ce qui n’était pas réglementaire et on lui a demandé de recommencer ses études de pharmacie au début. C’était en 1938 avant la guerre et les « vilaines » lois de Vichy mais à une époque où l’on s’inquiétait ouvertement de l’afflux des étrangers en France, plus ou moins « indésirables ». Ma mère s’est remise au travail. Heureusement quelques professeurs s’apercevant des défaillances et de l’absurdité de la règle, ont fait preuve d’humanité en refusant de se déjuger ou de déjuger des collègues et ont proposé la dispense de quelques années d’étude. Ils l’ont encouragée à s’adresser, pièces à l’appui, au Ministre qui a répondu favorablement.

« M. le Ministre croit devoir vous accorder la dispense de quatre années de scolarité et des trois examens de fin d’année » peut-on lire sur un papier officiel. Ma mère a passé avec succès ses trois examens probatoires début décembre 1939 à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg. Début novembre 1939 cette Université s’était repliée à Clermont-Ferrand parce que la France était en guerre contre l’Allemagne. Ce n’est pas ma mère qui a fait le déplacement, c’est l’Université de Strasbourg qui s’est rapprochée.

C’est ainsi que ma mère a finalement eu deux diplômes de pharmacienne, le premier en 1934, le deuxième en 1941, en pleine guerre, et bien que “ juive ”. Son premier diplôme est délivré par l’Université de Paris et le deuxième par l’Université de Strasbourg.

La suite :  [12]

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