J’ai relevé deux erreurs dans cette lettre signée du Préfet Cabouat. Premièrement ma mère ne se prénomme pas Eila, elle s’appelle Ella comme la chanteuse de jazz Ella Fitzgerald. Deuxièmement mes parents se sont mariés en 1930, pas en 1934. Mais bien sûr ce n’est pas cela qui m’a choqué : je ne m’attendais pas à retrouver dans les propos du Préfet, à un tel point, le langage de l’Extrême-Droite. Je m’attendais à ce qu’un Préfet emploie un ton mesuré, prudent, le ton du fonctionnaire qui ne fait que son métier, en conscience, même lorsqu’il prend des décisions cruelles. J’y retrouve l’état d’esprit qui se dégage de l’ouvrage du Docteur Fernand Querrioux[1], « La Médecine et les Juifs »[2] que j’avais lu il y a quelques années, survolé plutôt, tellement cette lecture m’était désagréable. Je donne un échantillon du chapitre II intitulé « Le scandale des naturalisations », pages 56 et 57.

 

Le médecin fait partie de l’élite du pays. Il n’y a aucune raison pour le Corps Médical d’admettre dans son sein des individus non imprégnés du génie de notre sol.

 Depuis longtemps nous demandions que l’on arrêtât les naturalisations dans les professions libérales ou dans les Corps de fonctionnaires.

 

LE ROLE NÉFASTE DU FRONT POPULAIRE

 Hélas, ce fut en vain ! les naturalisations massives accordées par le front populaire constituaient un recrutement révolutionnaire de choix. Souvenez-vous de juillet 1936 et du règne triomphant du métèque. Ce n’était partout qu’occupation d’usines, forêts de drapeaux rouges et de poings tendus.

 En face de notre appartement se tenait une permanence rouge ; les ordres de grève y étaient donnés par un métèque juif, crépu et lippu, qui s’exprimait en un français étrange.

 Au quartier latin et sur le boulevard Saint-Michel, les juifs de tous les ghettos de l’Europe Centrale et Orientale tenaient le haut du pavé, en exhibant insolemment à leur boutonnière le Lion de Judas.

 Des naturalisations massives s’étaient déjà accomplies sur une grande échelle par la juiverie dès l’avènement de la troisième République. Le 24 octobre 1870, le juif F  Crémieux avait naturalisé par décret trente-trois mille juifs algériens ; décret heureusement abrogé depuis le 8 octobre 1940.

 […]

 Ainsi le juif qui se dit français s’efforce par tous les moyens de favoriser sa race. Peu lui importait que la France fût le dépotoir de l’Europe, pourvu que la France, sous prétexte de combattre le fascisme, fût acculée à une politique d’aventures.

 Nous ne refusons pas d’accueillir une élite, étrangère assimilable, mais nous repoussons la cohorte barbare qui prétendait nous asservir.

 

Remarquons au passage l’attaque contre Crémieux qui, en plus d’être montré du doigt comme juif, est désigné comme franc-maçon comme l’attestent les trois points placés devant son nom.

 


[1] Querrioux, Fernand (médecin français, auteur du pamphlet antisémite "La médecine et les Juifs", membre de l'Institut d'Etude des questions Juives, responsable de la partie médicale de l'exposition "Le Juif et la France", auteur de lettres de dénonciations de confrères juifs) : disparaît à Paris au cours de l'été 1944, serait mort en déportation d'après une plaque à la faculté de médecine où figure son nom ; en réalité serait mort en Allemagne le 24 avril 1945 dans un convoi bombardé par l'aviation américaine. (http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/devenus.htm).

[2] Dr Fernand Querrioux, « La médecine et les juifs – selon les documents officiels », Les Nouvelles Editions Françaises, Paris, 1940.

 

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