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Billet de blog 13 janv. 2016

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Vichy, la parenthèse, les indésirables (18)

Ici je donne l'intégrale de la lettre du Préfet qui demande d'interdiction professionnelle de mon père et la la déchéance de nationalité de mon père et de ma mère. Dans l'épisode suivant j'ajouterai des commentaires sur cette lettre et j'espère terminer (provisoirement ?) avec le numéro 20.

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CABINET DU PRÉFET                   Guéret, le 19 décembre 1940

                                             Le Préfet de la Creuse

  à Monsieur le Garde des Sceaux,

                                Ministre, Secrétaire d’État à La Justice

     (Direction des Affaires Civiles et du Sceau –
Bureau du Sceau – Service des Naturalisations)

                                                       à Vichy.

J’ai l’honneur d’appeler votre haute attention sur la situation du Docteur ELMAN Moïse de Bourganeuf, sujet roumain naturalisé français par décret en date du 9 Juin 1938 à l’époque où il résidait à Pontarion (Creuse).

Né le 2 Juin 1907 à Cétatéa Alba (Roumanie), le Docteur ELMAN s’est marié le 17 octobre 1934 à Montpellier avec Melle Genkin Eila, née le 8 septembre 1909 à Vitebsk (U.R.S.S.), étudiante en pharmacie ; il est père de deux enfants.

Très peu de temps après sa naturalisation, le Docteur ELMAN a quitté Pontarion pour s’installer à Bourganeuf sur la proposition qui lui avait été faite par l’Union des Coopérateurs du Centre, Société Coopérative au Capital et Personnel variables, possédant dans le département un nombre considérable de magasins d’alimentation à succursales multiples et une filiale intitulée « Coopération et Travail », Société de Secours Mutuels approuvée.

L’Union des Coopérateurs et sa filiale avaient divisé le département en secteurs attribués chacun à des médecins appointés chargés de soigner tous leurs adhérents moyennant un fixe de 50 000 francs auquel venaient s’ajouter le logement et les frais d’automobile.

Les tendances Front populaire de l’Union des Coopérateurs du Centre ont été nettement affirmées à plusieurs reprises et ses administrateurs se recrutaient aussi bien parmi les adhérents du parti Socialiste et Communiste qu’au sein des organisations syndicalistes les plus extrémistes.

Aussitôt installé à Bourganeuf, le Docteur ELMAN qui s’était jusqu’alors montré un adhérent fervent du syndicat médical de la Creuse démissionnait avec éclat et entrait directement en lutte avec cette organisation qui avait jusqu’alors refusé de soigner les adhérents de la société « Coopération et Travail » à des tarifs voisins de ceux de l’assistance médicale gratuite.

Son geste fut d’autant plus sévèrement apprécié qu’il avait mis tout en œuvre pour obtenir l’appui du syndicat à sa demande de naturalisation en faisant étalage d’un loyalisme de néophyte.

L’installation du Dr. Elman à Bourganeuf a coïncidé à peu de chose près avec l’afflux massif de réfugiés espagnols, et grâce à l’appui, pour ne pas dire à la complicité des autorités municipales de cette ville et notamment de M. RIFFATERRE, député-maire, ce praticien obtint que lui soit réservé le quasi-monopole des soins à donner au titre de l’assistance médicale gratuite aux réfugiés.

C’est ainsi qu’il a pu obtenir, sur état certifié par le Maire, le paiement d’honoraires d’assistance médicale gratuite s’élevant à la somme de 6.984 francs, uniquement pour les visites faites sur le territoire de la ville, sans aucune indemnité kilométrique.

D’autre part, le Docteur ELMAN a donné libre cours, depuis son installation dans sa nouvelle résidence aux sentiments qu’il avait jusqu’alors soigneusement cachés : devenu un des zélateurs les plus actifs de la municipalité, il a été pour elle, un propagandiste de premier ordre.

Pendant les hostilités, il a été mobilisé au titre de médecin auxiliaire du 15 octobre 1939 au 20 juillet 1940, d’abord à la 13ème section d’infirmier militaire à Clermont-Ferrand, puis au 171ème régiment régional à Saint-Gaudens et à Toulouse.

Depuis sa démobilisation, Monsieur le Docteur ELMAN s’est signalé à mon attention par sa propagande sournoise et fort habile d’ailleurs, la seule qui soit possible, c’est-à-dire de bouche-à-oreille.

Il n’est pas douteux qu’un médecin qui possède la totalité de sa clientèle dans la classe ouvrière d’une ville peut opérer du point de vue politique des ravages incessants du point de vue moral.

Bien que le contrat qui le liait à L’union des Coopérateurs du Centre soit devenu caduc depuis les hostilités, le Docteur ELMAN n’en a pas moins conservé une certaine autorité qu’il mettait au service d’un dénigrement systématique du régime actuel et de l’ordre nouveau.

J’ajoute qu’il est loin de donner l’impression d’un homme assimilé à nos mœurs et à notre culture. Retors d’allure et de manière, ayant conservé un fort accent étranger, prenant part difficilement à une discussion, il ne semble pas constituer un apport intéressant pour la collectivité française.

En résumé la personnalité du Docteur ELMAN s’apparente étroitement à une catégorie d’étrangers qui n’ont nullement appris à aimer la France et qui l’ont au contraire desservi utilisant à leur seul profit l’hospitalité et l’appui qu’ils en avaient obtenus.

C’est un métèque « dans le sens de plus antipathique et le plus mauvais du mot ».

C’est pourquoi, je ne puis que vous prier, Monsieur le Garde des Sceaux, de vouloir bien examiner la possibilité de réviser, dans le plus bref délai possible, le dossier du Docteur Elman, en vue du retrait de la naturalisation dont il a bénéficié ainsi que sa femme.

                                       LE PREFET,

                               signé : Jean CABOUAT.

à suivre ici : [19]

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