Ce qui m’a amené à parcourir ce livre[1], c’est que mes parents y sont dénoncés pages 65 et 66[2], juste après que l’auteur ait donné une liste de médecins naturalisés en 1936.

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Un fait remarquable se dégage de cette liste, c’est que ces médecins, vraisemblablement juifs, se faufilent, se glissent partout, dans la capitale, dans les petites villes, dans les campagnes où ils vont répandre leurs idées dissolvantes (1).

Cet envahissement faisait certainement partie d’un plan juif, car il y a bien longtemps que cette invasion a commencé, et quand un juif s’est implanté quelque part dans la bonne terre de chez nous, il « champignonne », il appelle ses parents ou amis, et vite, deux, trois ou quatre juifs accourent et s’implantent.

Voici encore une liste de médecins et étudiants en médecine naturalisés en 1938 et jusqu’au 5 février 1939.

Nous y voyons également l’origine de ces nouveaux Français : presque tous juifs.

Elman Moïse, docteur, né le 2 juin 1907 à Cétatéa, Roumanie, naturalisé à Pontariou[3] (Creuse) et sa femme Genkin Ella, née le 8 septembre 1909 à Vitebsk, Russie, naturalisée à Pontariou (Creuse).

Manolesku Emile, docteur, né le 22 décembre 1872 à Roman, Roumanie, naturalisé à Les Lilas (Seine) et sa femme Volf Berniler Rebecca, née le 15 août 1877 à Bucarest, Roumanie, naturalisée à Les Lilas (Seine).[…]

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1 Tel celui d’une ville de la banlieue sud, installé depuis 1923, qui a subitement disparu au début de la guerre 1939-1940 lorsque certains communistes furent inquiétés.

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Ce livre était paru « sans tarder », fin novembre 1940, aux Nouvelles Éditions Françaises, maison d’édition fondée par Robert Denoël et considérée comme celle des « ultras » de la collaboration, ceux qui étaient (ouvertement) favorables au nazisme (avec des auteurs comme Querrioux, Rebatet, Montandon, Céline et d’autres encore…).

 Aucun doute, l’un des médecins qui demandaient l’interdiction de mon père partageait ces idées, je le savais. Il sera d’ailleurs nommé peu après membre du Conseil de L’Ordre naissant. Par contre j’ai été surpris de découvrir le nom du confrère de mon père qui avait pris les choses en main pour qu’il soit interdit d’exercer, voire plus… Et puis je me suis souvenu que l’on évitait de me répondre lorsque je posais des questions sur son attitude pendant la guerre, sur son engagement dans la Résistance.

Il ne me semble pas nécessaire de paraphraser le Préfet pour bien saisir tous les enjeux de ce qu’il écrivait pour appuyer sa demande de retrait de la nationalité française à mes parents. Je relève quand même ce qu’il a dit de la lutte qui opposait mon père au syndicat des médecins :

cette organisation qui avait jusqu’alors refusé de soigner les adhérents de la société « Coopération et Travail » à des tarifs voisins de ceux de l’assistance médicale gratuite. "

 Et plus loin :

" ce praticien obtint que lui soit réservé le quasi-monopole des soins à donner au titre de l’assistance médicale gratuite aux réfugiés. "

 

Quant au reste, pour ce qui relève de la xénophobie, de haine de la gauche, de mépris de la classe ouvrière, et d’allégeance au régime de Vichy, difficile d’être plus clair.

 En attendant la déchéance de nationalité de mes parents, déchéance qui pour eux pouvait conduire au pire, comment ce préfet aurait-il pu l’ignorer, il fallait s’assurer que mon père ne puisse pas exercer la médecine. Le 19 décembre le Préfet prenait aussi les dispositions pour que mon père ne puisse plus se servir de son auto, une traction avant onze chevaux Citroën

On fêtait les six ans de mon frère ce 23 décembre 1940 quand deux gendarmes sont arrivés à la maison pour retirer le permis de circuler de mon père.

 


[1] Dr Fernand Querrioux, « La médecine et les juifs – selon les documents officiels », Les Nouvelles Editions Françaises, Paris, 1940.

[2] Au début de l’année 2011 mon fils me signalait ce fait en m’envoyant un fichier pdf du livre de Fernand Querrioux. C’est en écrivant Elman Moïse dans le moteur de recherche Google qu’il avait fait cette découverte sur un site d’extrême-droite nommé MSR comme un parti fondé à Paris en 1940 par Eugène Deloncle, ancien chef de La Cagoule. Le nom de ce parti sonne comme une devise, ce qui ne peut échapper à qui pratique les SMS !

[3] Ce bourg a été longtemps appelé Pontariou comme l’attestent de vieilles cartes postales mais à l’époque de mes parents il est toujours appelé Pontarion. C’est le cas sur le décret de naturalisation de mes parents.

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