Il n'existe pas de "violence légitime" d'Etat. C'est un faux concept.

Le pouvoir développe le faux concept de violence légitime d'Etat en invoquant Max Weber qui ne parle que " de monopole de l'usage légitime de la force physique sur un territoire donné". La force ne permet pas la violence, la force n'est pas la violence, la force doit être proportionnée à la situation. La "violence légitime" est un concept qui illustre la dérive fascistoïde du discours.

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/affaire-benalla-les-institutions-vacillent-elles-vraiment

Le droit à la sûreté, un droit de l'Homme consacré depuis 1789 dont l'Etat a l'obligation positive de garantir l'efficacité, s'oppose au concept de " violence légitime ", lequel s'invite dans le débat public, notamment lors de l'audition de la directrice de l'IGPN devant la commission d'enquête parlementaire invoquant l'absence de violence illégitime, alors que la jurisprudence de la CEDH juge que la gifle d'un policier est un traitement inhumain et dégradant.

La " violence légitime " est un élément de langage qui n'est qu'un exemple supplémentaire d'une communication méprisant la vérité et les valeurs fondamentales démocratiques tendant à banaliser et justifier la dérive arbitraire du pouvoir, fondée sur la figure du chef et non le respect du droit.

L'affaire Benalla n'est qu'une incarnation épiphénoménoligique de la persistance d'un particularisme et d'une conception politiques anachroniques, reposant sur la "domesticité publique" (Baudelaire) et l'omnipotence du chef - un malade selon la médecine - renvoyant à des atavismes tribaux Gaulois ou Francs plutôt qu'aux critères d'un Etat de droit démocratique moderne. L'inadaptation des mentalités, du fonctionnement et de l'organisation de l'institution policière a été rapportée par le Sénat, notamment.

Le discours développé pour tenter de masquer la cause connue de l'actualité (cf. préc. rapport du Sénat) associe deux termes opposés. La violence est l'expression de l'anomie, la loi du plus fort, le rapport de forces ; alors que la légitimité renvoie à la loi, à la conformité au droit, au principe de l'égal respect de tous. Parler de " violence légitime " est un oxymore.

Laisser admettre ou permettre l'usage d'un concept de "violence légitime" revient à remettre en cause le droit international dans sa prohibition des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre, de la prohibition absolue de la torture et des traitements inhumains et dégradants. Il n'y a pas de violence institutionnelle légitime, sans quoi il n'y aurait pas eu de procès de Nuremberg ou de cour pénale internationale.

La force publique est la force que la communauté consent à déléguer au mandataire pour garantir la sécurité publique dans le respect de la dignité humaine, matrice de tous les droits de l'Homme. Ce consentement général est la base du contrat social qui nécessite l'adhésion et le respect de tous pour s'en prévaloir.

Confondre "force" et "violence" relève du même confusianisme qui tente de substituer dans l'opinion "l'ordre" à "la justice". L'ordre n'est pas la justice et il faut parfois créer le désordre pour faire triompher la justice. C'est la question de fond du débat des lanceurs d'alerte dont l'action perturbe les apparences de la régularité des choses en dénonçant les crimes et délits qu'elles couvrent.

Au-delà de l'article 40 alinéa 2 de procédure pénale dont l'inexécution de l'obligation d'informer le procureur soulève la question de la complicité aux faits (comme la Doctrine l'évoque), l'article 19 du même code pose spécialement cet impératif aux policiers. A cela s'ajoute l'obligation de conseil des hauts fonctionnaires à l'égard du politique (CBDF Arrêt n°177-684 du 13/07/11). C'est donc à bon droit que la directrice de l'IGPN affirme que l'obligation de dénoncer les faits sans délai s'applique immédiatement à l'agent qui en a connaissance. Ce qu'elle n'a pas fait au regard des images.

Il y a donc une escroquerie intellectuelle à mobiliser Max Weber et un prétendu concept de "violence légitime", au mépris de ce que ce sociologue disait, pour justifier la défaillance des institutions et ménager les apparences.

 

 

Prolonger :

Quelques liens pour la contextualisation et la mise en perspective de la question de fond que pose la société française et don l'affaire Benalla n'est qu'un effet prévisible que permet l'inconformité des institutions aux canons modernes de l'Etat de droit démocratique et l'absence d'exigence civique.

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