Patrick Cahez
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Billet de blog 8 févr. 2019

Macron's Circus. Jusqu'à quand ? Till when ? Bis wann ?

Le Picrochole national dégaîne la bombe atomique diplomatique contre l'Italie mais ne fait rien à propos de l'entrisme mafieux et russe de son entourage à l'Elysée, au plus au haut somment de l'Etat, qu'expose l'affaire Benalla. L'incohérence de ce comportement interpelle sur la maturité et l'intelligence du président. Pourrait-on mieux l'aborder dans la chronique du grand débat ?

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Emmanuel Macron est très bon au "grand oral". Il y excelle. Ses cours de théâtre y contribuent mais sa rhétorique est de pure forme. Il contourne le fond. Par des effets de manches, des postures. C'est du stand-up, pas de la politique.

Après avoir rodé son numéro dans des salles de chef lieux de canton, l'animateur, encensé par l'éditocratie, s'est échauffé dans une préfecture de province avant d'aborder la banlieue pour, à chaque fois, monopoliser la parole et les médias sur ses prestations scéniques plutôt que sur la nocuité de la politique actuelle.

La presse devrait rendre compte tous les jours de ce qu'il y a déjà dans les contributions, les sujets abordés, le profil des participants, ...

N'est-ce pas là l'essentiel ? Elle ne le fait pas. Cela contribue à favoriser les manipulations politiques.

Son appétence, en revanche, à commenter les interventions de Macron jusque dans les cantines scolaires... est inversement proportionnelle à l'information sur la première contribution qui serait "Macron dégage !" (que le système met à la corbeille).

Sur le fond, l'idéologie de Macron est clairement fascistoïde et n'est pas dénoncée comme cela se justifie. Un discours confus. La net-économie est douteuse. Il n'y a pas de ruissellement qui tienne, sinon dans des cas personnels ou particuliers. Le Brexit est aussi une opportunité pour certains qui veulent changer de continent. La crise de légitimité s'explique.

Dans la forme, le Macron's tour du "grand débat" n'est que de la com' pour promouvoir son image. Macron parle du "grand débat" comme Mélenchon parlait de la "6° république". Un effet d'annonce, du marketing, pour promouvoir sa personne tout en se désintéressant du projet. Où en est la 6° république ? Où en sera le grand débat dans deux mois ? Le second risque probablement de connaître le même sort que la 6° République.

Un mauvais soufflé au fromage par un chef en cuisine moléculaire qui fait mousser le superficiel en surface pour cacher l'indigeste.

L'entrisme de la mafia russe dans le cercle du pouvoir élyséen par l'intermédiaire de ses amis ne l'inquiète pas plus que ça, alors qu'il accuse Moscou de désinformation et veut censurer la liberté d'expression au motif de l'existence de "fake news" !

Là encore, l'incohérence, la contradiction, n'émeuvent pas les commentateurs à ce qu'un président invoque un complot aux "fake news" pour faire reculer les libertés publiques mais reste totalement silencieux à propos d'une compromission de la sécurité nationale par de très proches collaborateurs (!). L'affaire Benalla a déjà inspiré à Macron un avenir à la Ben Ali. " Le bel Alexandre " était aussi le surnom de Stavisky.

Gros cafouillages et grosses ficelles pour redresser la communication.

Marlène Schiappa, dont la posture n'a rien à envier à Luc Ferry, détournre l'attention de l'essentiel et tente de manipuler l'opinion en lançant une rumeur sur un prétendu financement des gilets jaunes par une "puissance étrangère" - rhétorique soralienne et dieudonnesque du complot qu'a également adopté Carlos Ghosn (quand Nissan élit le nouveau Pdg Renault dans son conseil d'administration) - sans s'émouvoir du financement par un "puissance étrangère" des plus proches collaborateurs du président !

Serait-ce du (mauvais) comique de répétition ?

La même incohérence s'observe dans la justice à poursuivre le couple de la Contrescarpe victime des violences illégales de Benalla contre lesquels le parquet a requis deux mois de prison avec sursis (!). Voir aussi le boxeur mis en taule sans procès, illico presto. Quelle diligence ! comparée au traitement de l'affaire Benalla chez qui la police perquisitionne par dessous la jambe mais se présente chez Médiapart pour fouiller la rédaction au mépris du droit à l'information et du principe de protection du secret des sources de la presse (art. 109 al. 2 du code de procédure pénale, voir aussi la loi exemplaire belge) :

  • « La Cour juge que des perquisitions ayant pour objet de découvrir la source d’un journaliste constituent – même si elles restent sans résultat – un acte plus grave qu’une sommation de divulgation de l’identité de la source. En effet, les enquêteurs qui, munis d’un mandat de perquisition, surprennent un journaliste à son lieu de travail, ont des pouvoirs d’investigation très larges du fait qu’ils ont, par définition, accès à toute la documentation détenue par le journaliste. La Cour, qui ne peut que rappeler que « les limitations apportées à la confidentialité des sources journalistiques appellent de [sa] part (...) l’examen le plus scrupuleux » (arrêt Goodwin précité, pp. 500-501, § 40), estime ainsi que les perquisitions effectuées auprès du requérant étaient plus attentatoires encore à la protection des sources que celles opérées dans l’affaire Goodwin. » CEDH, Cour (Quatrième Section), 25 févr. 2003, n° 51772/99.

Macron va pérorer devant la même Cour européenne pour affirmer son respect du droit et de la jurisprudence de la Convention européenne pour la mépriser aussitôt ! Il ignore cependant que le droit confère une valeur normative opposable aux déclarations unilatérales des chefs d'Etat. La France a déjà été condamnée pour ce motif (CIJ Essais nucléaires §59). Macron a donc engagé solennellement toute la justice française à respecter et appliquer immédiatement la jurisprudence de la CEDH comme l'arrêt de principe de l'assemblée plénière de la cour de cassation l'impose déjà à tous les magistrats judiciaires. Les juges ont l'obligation positive de garantir l'efficacité des droits de l'Homme. C'est le sens de la décision rendue sur l'inconformité des ordonnances de la loi "travail".

Cela montre que si son mépris est une constante, la connaissance du droit peut pallier ces outrages. Ce qu'il a fait du rapport Borloo est exemplaire du peu de validité des déclarations présidentielles.

La répression judiciaire discriminatoire de la contestation populaire et de la presse - comme de l'opposition de gauche (c'était annoncé) - s'ajoute à la nomination personnelle par le chef de l'Etat du procureur après Paris, après avoir défié la justice en affirmant que "le responsable (de l'affaire Benalla) c'est moi. Qu'ils viennent me chercher !".

A quoi s'ajoutent le ministre de l'intérieur promettant le tabassage "ultra ferme" des manifestants et la ministre justicière de la justice, qui va personnellement diriger le parquet, se prenant les pieds dans le tapis pour justifier les arrestations arbitraires et ordonnant une sévérité particulière au mépris du code de procédure pénale (article 30 alinéa 3).

Ces deux ministres ignorent la Convention des droits de l'Homme selon laquelle la gifle d'un policier suffit à constituer un traitement inhumain et dégradant...

Le Conseil d'Etat a également méprisé ce point de droit à propos du LBD. A moins que le juge administratif français, dans son appréciation souveraine des faits, estime qu'un tir d'arme à feu sur un citoyen soit moins grave qu'une gifle. L'amnésie juridique présidentielle serait-elle contagieuse ? Encéphalite spongiforme politicoïde ?

Ne reculant pas devant l'effort, ces deux mêmes ministres ont enfin fait adopter une loi liberticide avec le soutien du groupe LR - emmené par le réactionnaire Ciotti - pour pouvoir faire échec arbitrairement à la liberté d'opinion, ce qu'un député beaucoup plus sensé compare à l'idéologie de Vichy au même moment où le président exprime son mépriser des gens par des préjugés de la même époque.

Il n'est peut-être pas fortuit que le pouvoir ait voulu célébrer Maurras et Pétain. Cet confusion nauséeuse porte à s'interroger sur la qualité démocratique de la formation des élites. Ceux qui gouvernent sont le produit des meilleures grandes écoles. Un éminent philosophe dit qu'ils ne savent pas ce qu'ils font et Fédéric Mion, alors directeur de l'ENA, affirmait aux Echos que " Le problème est que les jeunes qui sortent de l'ENA donnent l'impression d'être déconnectés de la réalité. " (!)

Comment s'étonner que le bon sens populaire se vête alors de jaune fluo ?

Est-il encore possible à cette France officielle hors-sol (qui subit la contestation d'une grande partie de l'électorat) d'être crédible à critiquer l'Italie, la Hongrie, la Turquie ou même la Russie ? Ces gens doivent se rouler sur le tapis, hurler de rire et se taper sur les cuisses...

La direction de la Nation en devient ridicule et tragique pour la plus grande partie de la population appelée à se serrer la ceinture, se priver de chauffage, de nourriture saine, voir de logement décent, quand elle a encore la chance d'avoir un CDI (un tiers des CDD durent un jour !) ou d'exister encore dans les statistiques.

C'est dans ce grand capharnaüm totalisant que le Picrochole rappelle son ambassadeur de Rome - lequel doit faire un peu la gueule, c'est l'ambassade la plus convoitée du corps diplomatique (un palais renaissance au coeur de la capitale) - parce qu'un italien a rencontré des gilets jaunes.

Et contre l'ambassadeur russe au Nations Unies qui a comparé lors du Conseil de sécurité la situation vénézuélienne aux gilets jaunes qu'il serait alors tout aussi légitime à soutenir dans leur contestation du pouvoir ?

Pas de rappel de l'ambassadeur de France en Russie ?

Pour ménager un ami à Benalla, peut-être ?

Ce que prouvent principalement le mouvement des gilets jaunes, sa répression violente disproportionnée et  inconventionnelle (tout comme l'est la réforme du code du travail) et la dérive totalitaire du discours politique majoritaire est que la France n'est pas une démocratie.

Au-delà de son comportement qui le confirme, Jupiter - même en numérique - est une vieillerie en matière de conception politique.

Cette accumulation d'inepties politiques est rendue possible par la concentration du pouvoir exécutif et législatif - voire même judiciaire - dans les mains d'une seule personne.

Les abus du pouvoir personnel que la fonction présidentielle permet montre la nécessité de la supprimer. Il faut donc réclamer, pour cela, la tenue d'une constituante pour doter la France d'une organisation des pouvoirs publics conforme aux standards européens d'un Etat de droit démocratique moderne et replacer la suprématie du droit sur l'économie. En terminer avec le culte du chef qui fait obstacle à la démocratie.

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