Après le déboulonnement de la statue de Victor Schoelcher en Martinique, c'est la statue du marchand négrier anglais Edward Colston qui vient d'être renversée à Bristol. Quid de la France où le 5 juin une lettre ouverte a été adressée au président de la République et aux candidats aux municipales à Bordeaux, Biarritz, La Rochelle, le Havre et Marseille.
Alors que le débat sur le racisme se focalise sur le « déboulonnage » des statues de Colbert, il est temps de rappeler combien la politique mémorielle sur l'esclavage et le colonialisme n'est guère la priorité de l'État et de certains édiles. L' exemple angoumoisin est particulièrement éclairant.
Haïti n’a pas de musée de l’esclavage. La question elle-même : « Pourquoi un musée de l’esclavage ? » devrait susciter un sentiment de honte. Avec un projet de musée, la mémoire qu’on croit perdue, oubliée demeure cependant tapie dans les monuments, le rituel de la vie quotidienne, dans la culture orale. Cette mémoire réveillée peut à son tour relancer l’histoire, la renouveler.
Qu’elles l’applaudissent, la déplorent ou la condamnent, les postures morales qui ont accueilli la destruction des statues de Victor Schœlcher empêchent de soulever un nœud de problèmes que cette radicalité inédite en Martinique demande d’affronter. La violence d’aujourd’hui vient ainsi poser avec force à la société martiniquaise cette question éthique et politique délicate : peut-on patrimonialiser la domination subie? Et si oui, comment le faire?
En réaction à un texte sidérant mis en ligne sur le site du CNMHE, et pour faire écho à la réplique qui lui a été adressée par Myriam Cottias. Parce que la mémoire de l'esclavage engage bel et bien la lutte contre le racisme.