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« Les jeunes » criminalisés, des jeunesses à protéger
« Comme s'il s'agissait d'une espèce à part », depuis la mort tragique de Nahel et la vague de révoltes qui l'a suivi, ressurgit, inlassablement, la panique morale autour des « jeunes » et son pendant triplement stigmatisé des « jeunes de banlieue ». Au-delà des fantasmes stériles, que dire aux jeunes abandonnés des institutions, ceux qui subissent quotidiennement le racisme et le harcèlement policier ? Comment, non pas les calmer, mais les protéger tous·tes? Après la sidération, plusieurs adultes pointent les effets désastreux de la répression des jeunesses. Et, face au besoin urgent de justice, questionnent nos responsabilités collectives.
«J’ai entendu pendant des nuits les tirs de mortier d’artifice et rassuré mes enfants. J’ai découvert au petit matin les magasins ravagés. Avec ce paradoxe qu’on ressent ici en Seine-Saint-Denis : regretter les pillages qui se retournent contre ceux qui galèrent, contre le propriétaire du petit bureau de tabac, contre les parents d’une crèche incendiée. Mais comprendre la rage et les raisons de la colère qui se déchaîne. »
À la suite des révoltes dans les quartiers populaires consécutives à la mort du jeune Nahel, tué par un policier, le « rôle considérable » des jeux vidéos a été mentionné comme cause de l'apparition de la violence. Pour un ensemble de professionnels du soin psychique et de la santé mentale, de la recherche, de l’accompagnement des enfants et adolescents et de la prévention, les jeux vidéos sont la « cause récurrente de tous les maux » et l'alibi facile, en stigmatisant un usage culturel, « d'une société société sous panique morale ».
De notre fonction d’enseignants, nous avons un objectif viscéral : tout faire pour contrer le piège tendu des inégalités sociales. La banlieue brûle, le monde a les yeux rivés sur elle. Nous savons, pour notre part, les richesses qu’elle détient. Cette force vive qu’elle retient. À nous d’aller la mettre en lumière, à nous de ne jamais renoncer.
Il est devant moi, il a vingt ans, il me dit j’ai envie d’aller avec eux mais je ne veux pas tirer de mortier.
J’admire sa maturité, son désir de résistance et sa sagesse. Je suis rassurée qu’il ne soit pas dehors cette nuit dans les rues. S’il y était, j’aurais peur pour lui. J’aurais peur de la police. J’aurais peur qu’il soit frappé, mutilé, tué.
Et ce qu'elle nous enseigne sur la manière de lutter efficacement contre la violence croissante du capitalisme et son inéluctable dérive illibérale.
Je connais la colère des jeunes, elle forme la même boule qui serre nos gorges à tou·tes chaque fois que l’un·e de nous est brutalisé, violenté, tué.
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« Ainsi donc, le calme reviendrait. J’assume un sentiment qui certainement n’appartient pas qu’à moi : cela m'inquiète », s'émeut Olivier Tonneau. Qu'espérer après la mort de Nahel? Que faire surtout? Exiger « un changement massif de nos politiques publiques », désarmer la police, reconnaître son racisme systémique. Comprendre les colères, utiliser les syndicats pour dénoncer les crimes policiers et « porter la voix des victimes et de leurs proches », comme le suggère Guillaume Goutte. Et d'abord, à l'instar de Nadia Mokkadem, « dire, depuis où nous sommes (...) ce que la mort de Nahel a provoqué en nous et comment nous vivons depuis là où nous habitons ce nouveau quotidien du racisme décomplexé. »
[Rediffusion] À la suite des révoltes dans les quartiers populaires consécutives à la mort du jeune Nahel, tué par un policier, le « rôle considérable » des jeux vidéos a été mentionné comme cause de l'apparition de la violence. Pour un ensemble de professionnels du soin psychique et de la santé mentale, de la recherche, de l’accompagnement des enfants et adolescents et de la prévention, les jeux vidéos sont la « cause récurrente de tous les maux » et l'alibi facile, en stigmatisant un usage culturel, « d'une société société sous panique morale ».
« Combien de temps devrons-nous subir ses prises de parole égotiques et stériles, qui réduisent notre place à celle de simples spectatrices ? » Suite au minutage de la durée des interventions au conseil municipal de Noisy-le-Sec, un collectif d'élues de la ville s'indignent des réactions sexistes suscitées. « Comment combattre le sexisme lorsqu’en guise de réponse à notre démarche progressiste, on nous déploie la carte du mansplaining en arguant que le maire n’a qu’à déléguer davantage à ses adjointes qui sont “muettes comme des carpes” ! »
Le puissant soulèvement populaire de 2021 en Colombie s’est soldé par le bilan de 3486 cas de violences policières. Plus de deux ans après le soulèvement, 305 jeunes croupissent encore dans les prisons colombiennes sans avoir été jugé·es. Un large collectif appelle à organiser « une grande campagne unitaire pour la libération des personnes emprisonnées à cause de leur participation au soulèvement populaire ».
Depuis 2008, Mediapart est partenaire du festival Les Suds à Arles. Pour cette 28e édition du festival, du 10 au 16 juillet, les Suds font vibrer toute la ville au rythme des plus grandes voix et sonorités du monde. Découvrez le programme de Mediapart à Arles et tentez de gagner des places pour les concerts !