La thématique du jour
« La douleur de l’itinérance » - Exils entravés, vies empêchées
« D'Ankara, je suis allé à Istanbul. Il était environ 11 ou 12 heures lorsque je suis arrivé à Istanbul. J'ai trouvé un morceau de carton, j'ai mis mes chaussures sous ma tête, et je me suis endormi. [...] Maintenant que j'ai commencé à écrire, j'ai un gros cri dans la gorge, et les larmes me montent aux yeux. » Cette semaine, nous avons publié le récit d'exil de Milad H, 32 ans : un récit de dépaysement, de deuils petits et grands, mais aussi d'heureux hasards et de reconnaissances. Une parole rare, à lire en regard d'autres histoires d'exil, de résistances aux politiques d'inhospitalité, et aussi de vies perdues à fuir.
D'Ankara, je suis allé à Istanbul. Il était environ 11 ou 12 heures lorsque je suis arrivé à Istanbul. J'ai trouvé un morceau de carton, j'ai mis mes chaussures sous ma tête, et je me suis endormi. [...] Maintenant que j'ai commencé à écrire, j'ai un gros cri dans la gorge, et les larmes me montent aux yeux. Récit d'exil et d'itinérance, par Milad H., 32 ans.
Raconter l’acte de l’exil, plusieurs décennies plus tard, c’est un exercice pour la mémoire, sur ce qu’on a retenu et surtout le récit de ce qu’il a laissé comme trace. C’est à cela que nous sommes conviés avec le livre « Exils, témoignages d’exilés et de déserteurs portugais 1961-1974 », mettre des mots sur l’acte de résistance et de refus de la guerre coloniale.
Après en avoir tant parlé, on a déjà détourné les yeux et les paroles de ce qui est survenu, ce 14 juin, au Sud Ouest du Péloponnèse. Il y a pourtant encore tant à dire... Mais peut-être est-il aussi temps de s'interroger sur nos modes d'attention... et d'indifférence. Proposition pour rester plus longtemps, décentrer le regard et regarder vraiment ce dont il est question.
Bilel se couche au matin. La nuit, il la passe à mettre en ordre les histoires, il connaît chaque naufrage par sa date de départ, chaque personne de chaque bateau emprunté. Chaque disparu par date et par plage de départ. Chaque mort, chaque corps retrouvé par plage d’arrivée.
Saïd, exilé somalien de 27 ans, a été retrouvé mort dans la mer à quelques kilomètres de Vintimille, le 4 juin 2023. Il avait fui son pays en raison de homosexualité, punie de mort en Somalie, arrivant à Lampedusa en 2013. Récit d’une tranche de vie triste, symbolique du sort réservé aux migrants pris dans la tenaille administrative, juridique et policière.
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« Comme s'il s'agissait d'une espèce à part », depuis la mort tragique de Nahel et la vague de révoltes qui l'a suivi, ressurgit, inlassablement, la panique morale autour des « jeunes » et son pendant triplement stigmatisé des « jeunes de banlieue ». Au-delà des fantasmes stériles, que dire aux jeunes abandonnés des institutions, ceux qui subissent quotidiennement le racisme et le harcèlement policier ? Comment, non pas les calmer, mais les protéger tous·tes? Après la sidération, plusieurs adultes pointent les effets désastreux de la répression des jeunesses. Et, face au besoin urgent de justice, questionnent nos responsabilités collectives.
À la suite des révoltes dans les quartiers populaires consécutives à la mort du jeune Nahel, tué par un policier, le « rôle considérable » des jeux vidéos a été mentionné comme cause de l'apparition de la violence. Pour un ensemble de professionnels du soin psychique et de la santé mentale, de la recherche, de l’accompagnement des enfants et adolescents et de la prévention, les jeux vidéos sont la « cause récurrente de tous les maux » et l'alibi facile, en stigmatisant un usage culturel, « d'une société société sous panique morale ».
« Combien de temps devrons-nous subir ses prises de parole égotiques et stériles, qui réduisent notre place à celle de simples spectatrices ? » Suite au minutage de la durée des interventions au conseil municipal de Noisy-le-Sec, un collectif d'élues de la ville s'indignent des réactions sexistes suscitées. « Comment combattre le sexisme lorsqu’en guise de réponse à notre démarche progressiste, on nous déploie la carte du mansplaining en arguant que le maire n’a qu’à déléguer davantage à ses adjointes qui sont “muettes comme des carpes” ! »
Le puissant soulèvement populaire de 2021 en Colombie s’est soldé par le bilan de 3486 cas de violences policières. Plus de deux ans après le soulèvement, 305 jeunes croupissent encore dans les prisons colombiennes sans avoir été jugé·es. Un large collectif appelle à organiser « une grande campagne unitaire pour la libération des personnes emprisonnées à cause de leur participation au soulèvement populaire ».
Depuis 2008, Mediapart est partenaire du festival Les Suds à Arles. Pour cette 28e édition du festival, du 10 au 16 juillet, les Suds font vibrer toute la ville au rythme des plus grandes voix et sonorités du monde. Découvrez le programme de Mediapart à Arles et tentez de gagner des places pour les concerts !