Sophie Buys travaille comme médecin réanimateur dans un hôpital. Elle exprime ici, dans une langue directe, frappée d’humanité et d'humour, ce que lui inspirent la situation sanitaire et les décisions du pouvoir. Chroniques où il est question du tri des malades qui a déjà commencé, des classes sociales face à la santé, et de tout ce qui s’impose aux malades « parce que c’est Covid ».
[Archive] Médecin réanimateur travaillant dans les hôpitaux publics depuis plus de quinze ans, mes idéaux se sont brisés en se heurtant à la gestion technocratique de ces établissements. L'incompétence et le manque d'honnêteté intellectuelle des décideurs sont devenus la règle, une règle que je refuse d'accepter.
Alors que les cliniques, les maisons de retraite, les laboratoires, les pharmacies et leurs actionnaires prospèrent, le mal-être des personnels de santé demeure la règle. Un drame quotidien pour des soignants à bout de force et de nerf. Il est temps de reconsidérer les emplois et les salaires, en attendant de nationaliser l'ensemble du secteur dès que possible.
Du ventre de ces vingt dernières années a surgi un monstre nouveau, «l'établissement de santé», chimère empruntant à l'entreprise, l'usine, le laboratoire et l'administration, balayant ainsi les mille ans d'histoire de l'hospital.
Le projet de grand hôpital Paris Nord (GHPN) qui va voir le jour à Saint Ouen signé Renzo Piano est une aberration écologique et une erreur de santé publique majeure. Envisager de fermer deux hôpitaux et réduire la capacité hospitalière de près de 300 lits dans une zone de surmortalité chronique et d'explosion demographique est une bavure démocratique. Nous nous en mordons les doigts.