[Archives] Le 5 mai 2021, E. Macron célèbrera le bicentenaire de la mort de Napoléon avant d’aller se recueillir quelques jours plus tard devant le monument érigé dans les jardins du Luxembourg en l’honneur des esclaves qui ont lutté puis arraché leur libération. Que l’indignité de ce «en même temps» commémoriel échappe à ses concepteurs en dit long sur les rapports qu’ils entretiennent avec ce passé. Il est des honneurs accordés à certains personnages qui déshonorent celles et ceux qui les rendent.
Je travaille depuis près de 2 ans à un projet qui consiste à ramener sous le dôme des Invalides le cheval fétiche de Napoléon, Marengo. Comme un leitmotiv, le terme «plastique» revient dans les critiques de mon œuvre – ce matériau perçu comme non noble devenant une forme d’anathème. Le bicentenaire de la mort de Napoléon voit ressurgir les vieux démons d’une nation divisée entre thuriféraires et détracteurs de Napoléon, où la nuance ne trouve guère sa place. C’est pour cela que le travail des historiens est si important.
Le culte français de Napoléon, dont on célèbre le bicentenaire de la mort, me laisse de marbre. Pour les Suisses, Napoléon, c’est le souvenir de la désastreuse bataille de la Berezina, en novembre 1812, où plus de mille de mes compatriotes ont laissé leur peau pour sauver l’empereur. Alors, rendre hommage au grand homme, non merci !
Cela n’aura échappé à personne : le 5 mai, c’est un bicentenaire historique ! En 1821, à Sainte-Hélène, Napoléon rendit l’âme, alors que son souvenir est banni par la restauration monarchique. Deux cents ans plus tard, la polémique est autrement plus présente que lors du bicentenaire de sa naissance.
[Archives] Tout cela semblait joué d’avance. C’était dit de longue date, ficelé, soigneusement empaqueté et prêt-à-consommer. 2021 serait l’année du bicentenaire de Napoléon Bonaparte, mort à Saint-Hélène le 5 mai 1821. C’était oublier que dans la France d’aujourd’hui, on ne saurait commémorer en rond, entre soi, comme avant en somme, comme si cette société n’avait pas changé et comme si le roman dit national pouvait encore s’identifier aux fables édifiantes. Par Loïc Céry et Louis Sala-Molins.